Deux rapports d’inspection consacrés à l’Office d’aide à la commercialisation des produits vivriers (OCPV) font état de plusieurs irrégularités dans la gestion de primes et de fonds transférés à la mutuelle des agents. Au centre des vérifications, les versements effectués entre 2022 et 2025 à la MUFA-OCPV atteignent 267,825 millions de francs CFA.
L’affaire trouve son origine dans une contestation portée par le Syndicat national des agents de l’OCPV (SYNA-OCPV), qui avait sollicité une enquête sur la gestion d’une prétendue prime exceptionnelle d’incitation.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Une prime de 183 millions de FCFA non retrouvée dans les comptes
En septembre 2025, le SYNA-OCPV saisit le Premier ministre afin de demander l’ouverture d’une enquête. L’Inspection générale du ministère du Commerce lance alors une mission, menée entre décembre 2025 et janvier 2026. Les investigations ont notamment reposé sur l’examen de documents ainsi que sur l’audition de douze personnes.
Les inspecteurs se sont particulièrement penchés sur les 183 millions de FCFA présentés comme une prime exceptionnelle destinée aux agents. Cependant, aucune pièce budgétaire ou comptable examinée ne fait apparaître un engagement ou un décaissement correspondant à cette somme.
Selon le rapport, les 183 millions de FCFA évoqués par le syndicat correspondent plutôt à une estimation interne des charges liées au changement de statut de l’OCPV. Ils ne constitueraient donc pas une prime effectivement versée au personnel.
267,825 millions transférés à la mutuelle
Les investigations ont toutefois permis d’identifier d’autres flux financiers. Entre 2022 et 2025, la direction générale de l’OCPV a transféré au total 267 825 000 FCFA sur le compte bancaire de la MUFA-OCPV, la mutuelle des agents. Le syndicat avançait 760 millions de FCFA, mais l’Inspection générale du Commerce n’a pas confirmé ce montant lors de ses vérifications.
Les ressources transférées provenaient notamment de reliquats budgétaires issus du traitement des primes d’incitation, de retenues liées à l’assiduité, à la ponctualité et à la performance des agents, ainsi que de reliquats de gestion.
C’est précisément l’utilisation de ces ressources qui a retenu l’attention des inspecteurs. Leur analyse relève que les statuts de la mutuelle ne prévoient pas les reliquats issus des primes d’incitation au mérite parmi ses ressources. Les rapports soulignent également qu’aucune ligne budgétaire spécifique n’avait prévu ces transferts vers la mutuelle.
L’Inspection considère ainsi que l’affectation de ces reliquats au financement de la MUFA-OCPV constitue « une affectation de ressources non prévue par les textes », en contradiction avec les règles de la comptabilité publique.
Une parcelle de plus de trois hectares à Azaguié
Une partie des fonds transférés à la mutuelle a servi à financer différentes actions au bénéfice des agents. Parmi ces opérations figure l’acquisition d’une parcelle de plus de trois hectares située à Azaguié-Blida. Le terrain a été acheté pour 72,8 millions de FCFA. À cette somme se sont ajoutés 3,13 millions de FCFA de frais de formalités, portant le coût total de l’opération à 75,93 millions de FCFA.
Selon le rapport, cette dépense a été engagée sans autorisation préalable de l’assemblée générale de la mutuelle. Les inspecteurs y voient une violation des principes de gouvernance mutualiste. Les ressources de la MUFA-OCPV ont également servi au financement de kits alimentaires, d’aides aux membres, de sorties de détente et de prêts accordés aux agents.
Un solde théorique de 148,345 millions de FCFA
À la fin de l’année 2025, les vérifications permettent de reconstituer un solde théorique de 148,345 millions de FCFA. Ce montant comprend notamment 138,791 millions de FCFA disponibles sur les comptes bancaires de la mutuelle, 1,35 million de FCFA en espèces et 8,2 millions de FCFA correspondant à des prêts qui restaient à rembourser.
Au-delà des mouvements financiers, les rapports mettent en évidence plusieurs difficultés liées à la gouvernance de l’OCPV. Les inspecteurs relèvent notamment que le Conseil de gestion de l’office n’avait pas été consulté lors de la décision initiale fixant les modalités d’attribution des primes. Cette situation s’explique par le fait que cette instance n’était pas encore opérationnelle en 2020.
Le rapport note également que la direction générale a maintenu certaines mesures contestées par le syndicat malgré les démarches engagées auprès des autorités. Sur le plan judiciaire, le recours introduit devant le Conseil d’État contre la décision du directeur général a été rejeté pour irrecevabilité le 30 avril 2025.
Pas de détournement établi sur les 183 millions
Au terme de leurs vérifications, les deux rapports ne concluent donc pas à l’existence d’un détournement de 183 millions de FCFA au titre d’une prime exceptionnelle. En revanche, ils mettent en évidence des irrégularités dans l’affectation et la gestion de fonds publics, notamment les 267,825 millions de FCFA transférés à la mutuelle des agents.
Les documents soulignent également des faiblesses dans la gouvernance de l’OCPV, plaçant ainsi la gestion des ressources et le respect des règles d’affectation au cœur des observations formulées par les inspecteurs.

