Un an après la formation du Front commun entre le PDCI-RDA et le PPA-CI, l’alliance entre les deux formations de l’opposition ivoirienne n’a finalement pas résisté à leurs divergences. Dans une interview diffusée par Actupeople, Yohou Dia Houphouët Augustin revient sur les raisons qui, selon lui, ont conduit à cet échec.
Pour le responsable du PDCI-RDA, les difficultés du Front commun étaient en partie prévisibles. Les deux formations ne reposent pas sur la même histoire ni sur une culture politique identique.
Il rappelle ainsi que le PDCI-RDA de Tidjane Thiam et le PPA-CI de Laurent Gbagbo, issu du FPI, « ne partagent pas la même idéologie politique et n’ont pas la même culture politique ».
Malgré ces différences, Yohou Dia Houphouët affirme avoir défendu l’initiative avec conviction. Il explique même avoir essuyé des critiques au sein de son propre camp, certains militants lui reprochant de prendre davantage la défense de Laurent Gbagbo que celle de Tidjane Thiam.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
« Je le faisais parce que j’y croyais », soutient-il.
Les législatives, point de bascule
La fracture s’est particulièrement accentuée autour de la stratégie à adopter après l’élection présidentielle de 2025. Les deux partis avaient auparavant mené des actions communes autour de plusieurs revendications, notamment concernant leurs dirigeants et la participation de l’opposition au processus électoral. Après le rejet des candidatures de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam par le Conseil constitutionnel, les responsables du Front commun envisageaient de poursuivre leur démarche, notamment à l’Assemblée nationale.
L’objectif, selon Dia Houphouët, consistait à maintenir une position commune pour les élections législatives et à disposer d’un contre-pouvoir. Il estime qu’une déclaration conjointe devait notamment appeler les Ivoiriens à participer au scrutin. Mais cette stratégie commune n’a pas résisté aux divergences.
Le PDCI-RDA reproche un manque de concertation
Après avoir arrêté sa décision de participer aux élections législatives, le PDCI-RDA attendait de connaître la position du PPA-CI et de Laurent Gbagbo. C’est dans cette période que la confiance aurait commencé à se détériorer. Yohou Dia Houphouët reproche notamment à ses partenaires de ne pas avoir informé en priorité les responsables du PDCI-RDA d’un changement d’orientation.
Pour lui, le respect des engagements pris dans le cadre du Front commun imposait une concertation préalable entre les deux formations. Il estime ainsi que les cadres du PDCI-RDA et son président ne pouvaient pas découvrir à la télévision une nouvelle décision ou une évolution de la stratégie commune.
Une question de confiance entre les deux camps
Au-delà du désaccord sur les législatives, le responsable du PDCI-RDA situe le problème sur le terrain de la confiance. Les discussions avaient réuni des responsables des deux formations et donné lieu, selon lui, à des engagements. Dans ce contexte, toute modification de la ligne commune aurait dû être discutée au préalable.
Cette rupture de confiance explique en partie son amertume. Dia Houphouët affirme s’être investi dans cette alliance « au risque de sa vie », alors que des militants avaient été arrêtés et que certains se trouvaient encore en détention.
« Je ne suis pas en colère »
Yohou Dia Houphouët rejette toutefois l’idée que ses critiques seraient motivées par sa non-réélection comme député. Il assure que son analyse du Front commun ne découle pas de son résultat personnel aux élections et affirme rester fidèle à ses convictions politiques.
Même en dehors de l’Assemblée nationale, l’ancien parlementaire entend poursuivre son engagement. Pour lui, l’échec de l’alliance résulte surtout de la difficulté à faire fonctionner durablement un rapprochement entre deux formations aux histoires et aux cultures politiques différentes, sans dispositif suffisamment solide pour gérer leurs divergences.
Les cyberactivistes également mis en cause
Dans son analyse, le responsable du PDCI-RDA évoque enfin l’influence des réseaux sociaux dans l’évolution de la position de certains responsables. Il affirme que des cyberactivistes proches du PPA-CI auraient exercé une pression ayant contribué, selon lui, au changement de position de certains acteurs.
Formé en 2025 autour de plusieurs revendications communes, le Front commun entre le PDCI-RDA et le PPA-CI n’aura donc pas réussi à maintenir son unité. Les désaccords sur la stratégie électorale et les tensions autour de la concertation auront progressivement fragilisé cette alliance de l’opposition.

