Trente ans après leurs débuts, Yodé & Siro continuent de faire vivre le zouglou tout en portant un regard sur la société ivoirienne. À la veille de leur concert prévu samedi 15 août au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, les deux artistes reviennent sur l’évolution de leur musique, leur engagement citoyen, les réformes dans le milieu du spectacle et leurs actions en faveur de l’environnement.
Pour Siro, le zouglou a su traverser les différentes évolutions musicales sans perdre ses racines. Le genre, rappelle-t-il, a connu plusieurs générations, des premiers groupes comme Bilé Didié, Poignon et Sur’Choc à une nouvelle génération qui a su s’adapter sans avoir connu les tam-tams des débuts.
Au fil des années, le duo a lui aussi fait évoluer son approche musicale. Siro estime que le zouglou peut se chanter sur différents rythmes, notamment le zouk, le coupé-décalé ou encore la salsa. Il le décrit comme une « danse philosophique » permettant à l’être humain de se recueillir et d’oublier ses soucis.
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Sur scène, Yodé & Siro comptent faire revivre plusieurs de leurs titres emblématiques. Parmi les chansons citées figurent « La vie », « Antilaléca » et « Victoire », un morceau qui, selon Yodé, a franchi les frontières.
De la critique à une parole plus mesurée
Avec leur album Héritage, sorti en 2020, Yodé & Siro avaient notamment marqué les esprits avec « Président, On dit quoi », un titre critique à l’égard de la gouvernance et qui évoquait notamment les conditions de détention. Six ans plus tard, Siro estime que la dénonciation peut contribuer à faire avancer les choses. Il considère que le pays avance et grandit, évoquant notamment la présence de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé.
Face à ceux qui estiment que le duo se montre moins critique aujourd’hui, Siro répond que la critique doit rester objective. Selon lui, lorsque des améliorations sont constatées, il faut savoir en tenir compte. Il appelle également à la prudence afin d’éviter que certaines prises de position n’enveniment la situation dans le pays.
La nouvelle réglementation concernant notamment l’octroi de licences et le paiement d’une caution pouvant atteindre 10 millions de francs CFA pour l’organisation de spectacles suscite des réactions dans le milieu culturel. Yodé appelle à prendre le temps d’examiner le texte et à en mesurer les avantages et les inconvénients. Siro reconnaît, lui, que le sujet divise même le duo.
Le chanteur considère toutefois que la volonté d’assainir le milieu du showbiz n’est pas mauvaise, estimant que certaines personnes deviennent promoteurs sans nécessairement disposer de l’expérience requise. Il demande néanmoins que l’ancienneté des promoteurs soit prise en compte, notamment parce que de nombreux concerts sont déficitaires.
Des concerts souvent difficiles à rentabiliser
Pour Siro, l’organisation de spectacles reste une activité économiquement difficile. Il affirme que 80% des concerts en Côte d’Ivoire sont déficitaires et cite le Palais de la culture, où, selon lui, 90% des concerts seraient des échecs.
Le coût des salles constitue notamment une difficulté pour les organisateurs. Dans ce contexte, le chanteur estime qu’une alternative doit être trouvée pour les promoteurs expérimentés qui se sont ruinés en organisant des spectacles, afin qu’ils puissent rester dans le secteur et disposer d’une licence leur permettant de se relancer.
Au-delà de leur carrière musicale, Yodé & Siro revendiquent également un engagement en faveur de l’environnement. Le duo participe à des actions de reboisement et affirme avoir atteint près de 1 200 hectares reboisés. Siro pointe toutefois les difficultés rencontrées sur le terrain, notamment le manque de comportement éco-citoyen. Il cite le cas d’un reboisement réalisé à Assinie qui a été incendié. Face au manque de plants, le duo prépare cette année l’ouverture d’une pépinière destinée à fournir gratuitement des plants, avec un suivi.
Un message aux jeunes pour préserver le couvert forestier
Yodé insiste sur la dimension collective de cet engagement. Il invite les jeunes à considérer les actions de reboisement comme un investissement pour les générations futures. L’objectif, souligne-t-il, est de contribuer à permettre à la Côte d’Ivoire de retrouver son couvert forestier.

