Vingt ans après le déversement des déchets toxiques du Probo Koala, le souvenir du drame reste vivace en Côte d’Ivoire. Plus de 500 tonnes de produits nocifs, débarqués du navire puis répandus sur plusieurs sites d’Abidjan, avaient provoqué de fortes émanations et causé la mort de 17 personnes.
À Akouédo, village Ebrié situé dans la commune de Cocody et l’un des 18 sites concernés par les déversements, le traumatisme demeure présent. William Akessé, qui avait 26 ans au moment des faits et qui est aujourd’hui porte-parole du chef du village, se souvient notamment des conséquences du drame sur sa famille. Son enfant est décédé cette nuit-là, alors que son épouse venait de subir une césarienne.
« Cette nuit-là, ma femme avait fait une césarienne. Je venais fraîchement d’arriver de l’hôpital avec elle et c’est cette même nuit-là que les déchets ont été déversés. On ne pouvait même pas respirer, de très mauvaises odeurs. Mon enfant a succombé. »
Le bilan officiel fait état de 17 morts et de dizaines de milliers de personnes intoxiquées.
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L’indemnisation des victimes toujours contestée
En 2007, l’État ivoirien et Trafigura, l’entreprise mise en cause, ont conclu un accord à l’amiable. Le groupe a versé 152 millions d’euros destinés au nettoyage des sites et à l’indemnisation des victimes, en échange de l’abandon des poursuites engagées contre lui. Cet accord reste cependant contesté par les associations de victimes. Denis Yao Pipira estime notamment que cette entente a compliqué les possibilités de poursuivre Trafigura devant les juridictions ivoiriennes.
Les procédures se sont poursuivies à l’étranger. Aux Pays-Bas, Trafigura a été condamnée en cassation à indemniser les victimes. En 2023, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a également considéré comme insuffisant le mécanisme d’indemnisation mis en place par la Côte d’Ivoire et a ordonné la création d’un fonds destiné à réparer les préjudices. Ce fonds reste, selon les éléments fournis, toujours attendu par les victimes.
Les autorités ivoiriennes assurent, pour leur part, que l’ensemble des sites pollués a été totalement assaini depuis 2015. Mais au-delà du cas ivoirien, le drame du Probo Koala continue d’alimenter le débat sur l’exportation des déchets vers les pays africains.
Le « colonialisme des déchets » dénoncé
Des organisations non gouvernementales dénoncent une pratique consistant, selon elles, à transférer certains déchets vers l’Afrique en raison de coûts de traitement moins élevés. Selon Amnesty International, Trafigura avait refusé de traiter les liquides toxiques aux Pays-Bas, où l’opération aurait coûté 620 000 dollars, et s’était tournée vers la compagnie ivoirienne Tommy, qui lui aurait proposé un tarif de 17 000 dollars.
Cette situation a conduit certaines ONG à parler de « colonialisme des déchets », estimant que les populations les plus vulnérables, notamment celles vivant à proximité des décharges, supportent une part importante des conséquences de ces pollutions. En mai dernier, Global Alliance for Incinerator Alternatives (GAIA) et Break Free From Plastic (BFFP) ont dénoncé le poids supporté par les environnements, les communautés et les travailleurs du secteur informel des déchets.
Déchets électroniques, textiles et plastiques
Aujourd’hui, trois grandes catégories de déchets sont principalement envoyées vers l’Afrique : les déchets électroniques, textiles et plastiques.
Le phénomène, apparu dans les années 1980, a connu un nouvel essor en 2018 après la décision de la Chine d’interdire l’importation de déchets solides. Les capacités de traitement et de recyclage insuffisantes dans les pays occidentaux ont alors favorisé la recherche de nouveaux débouchés, notamment en Asie et en Afrique. Sur le continent, le Ghana, le Nigeria et le Kenya figurent parmi les pays régulièrement cités comme destinations de ces déchets, particulièrement dans le secteur textile.
Une partie des vêtements de seconde main importés en Afrique est revendue dans de grandes friperies, mais certains articles sont considérés comme des déchets dès leur arrivée. Selon Greenpeace, 30 % à 40 % des vêtements d’occasion importés au Kenya en 2019 n’avaient aucune valeur, car trop abîmés, tachés ou inadaptés au climat ou aux coutumes locales. Ces vêtements finissent alors dans les déchetteries ou dans les rues, avec des conséquences sur l’environnement.
L’UE va renforcer ses restrictions sur les déchets plastiques
Face aux critiques liées au « colonialisme des déchets », l’Union européenne a adopté en 2024 une nouvelle réglementation. À compter du 21 novembre 2026, les pays de l’UE ne pourront plus exporter de déchets plastiques vers les pays qui ne sont pas membres de l’OCDE, sauf dérogation. Pour y accéder, les pays importateurs devront démontrer leur capacité à traiter ces déchets dans des conditions écologiques.
En Afrique, l’Égypte, l’Île Maurice, le Maroc, le Niger, la Tunisie et le Togo sont candidats à cette dérogation.
Vingt ans après le Probo Koala, le débat sur les déchets, leur traitement et leur circulation internationale reste ainsi au cœur des préoccupations environnementales et sanitaires.

