À Aboisso, dans le Sud-Comoé, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a appelé les autorités administratives et traditionnelles à intensifier la sensibilisation contre l’orpaillage illégal. Lors de la cinquième phase de la campagne nationale dédiée à cette problématique, le ministre a également annoncé une progression spectaculaire des ressources aurifères du permis d’Afema, désormais évaluées à plus de 100 tonnes.
Cette nouvelle estimation fait d’Afema un projet présenté comme une future exploitation de classe mondiale. Pour le gouvernement, le développement de l’activité minière industrielle doit aller de pair avec les efforts engagés contre l’exploitation clandestine des ressources minières.
La campagne nationale de sensibilisation, initiée par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a été officiellement lancée en décembre 2023 à Yamoussoukro auprès du Directoire de la Chambre nationale des rois et des chefs traditionnels de Côte d’Ivoire (CNRCT). Elle se poursuit depuis dans plusieurs régions du pays. La cinquième étape s’est déroulée le 3 septembre 2026 à Aboisso, en présence notamment de Sa Majesté Amon Tanoé Paul Désiré, président de la CNRCT, et du Dr Eugène Aka Aouélé, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC).
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Les autorités locales appelées à maintenir la pression
Pour Mamadou Sangafowa-Coulibaly, la lutte contre l’orpaillage illégal passe nécessairement par une implication accrue des populations. Le ministre estime que la sensibilisation doit permettre aux communautés de comprendre les conséquences de cette activité, mais aussi de connaître les alternatives existantes.
« Cette tournée que nous avons initiée depuis décembre 2023 a pour objet principal de sensibiliser les communautés locales et de les intégrer dans la solution. Surtout de leur dire qu’il y a une alternative à la pratique illégale de l’orpaillage », a-t-il expliqué.
Dans cette perspective, le ministre a demandé au corps préfectoral de maintenir le dialogue avec les populations. Il préconise des rencontres régulières dans les chefs-lieux de départements, tandis que les sous-préfets sont appelés à poursuivre les actions de sensibilisation jusque dans les hameaux.
Mamadou Sangafowa-Coulibaly souhaite également instaurer un suivi régulier de l’activité minière. Les préfets sont ainsi invités à évaluer périodiquement la situation dans leurs circonscriptions, sans attendre qu’un incident survienne. Des réunions pourraient être organisées à différents niveaux de l’administration afin de suivre l’évolution des activités industrielles, semi-industrielles, artisanales et de recherche.
Une prise de conscience considérée comme « une grande victoire »
Le ministre a par ailleurs salué ce qu’il considère comme une évolution importante dans la perception du phénomène par la population. Il s’est notamment félicité d’une prise de conscience collective concernant les conséquences de l’orpaillage illégal sur l’environnement et la santé.
« La prise de conscience collective qui nous a été donnée de voir ces dernières semaines est, en soi, une victoire. Tous les Ivoiriens, sans exception, ont dit que cette pratique est dommageable pour l’environnement et pour la santé », a-t-il relevé.
Pour le ministre, cette mobilisation constitue une première avancée dans le combat contre l’orpaillage clandestin. Il estime néanmoins que cette dynamique doit être maintenue afin d’empêcher une implantation durable du phénomène dans certaines zones.
L’enjeu est également économique. Mamadou Sangafowa-Coulibaly veut éviter que les réseaux liés à l’exploitation clandestine des ressources minières ne prennent une place telle qu’ils puissent devenir plus puissants que l’économie formelle.
Le ministre a également alerté sur les risques liés à une installation durable de l’orpaillage illégal. Selon lui, les réseaux qui gravitent autour de cette activité peuvent, dans certains contextes, accumuler progressivement des ressources financières considérables et finir par fragiliser l’autorité des structures administratives et traditionnelles.
Pour illustrer cette menace, il a évoqué la situation de certains pays où les intérêts liés à l’exploitation clandestine des ressources minières ont contribué à alimenter des conflits. La Côte d’Ivoire doit donc, selon lui, agir suffisamment tôt pour éviter d’atteindre ce qu’il appelle le « point de non-retour ». C’est dans cette logique que l’orpaillage illégal a été placé au rang des questions de sécurité nationale.
Afema passe de 43 à plus de 100 tonnes
Autre annonce majeure faite à Aboisso, le potentiel aurifère du permis d’Afema a considérablement progressé. Les ressources, auparavant estimées à 43 tonnes, dépassent désormais les 100 tonnes, selon le ministre.
« En 2022, nous l’avons attribué à un nouveau repreneur. Et je suis heureux de vous dire que les ressources trouvées sont passées de 43 tonnes à plus de 100 tonnes, faisant d’Afema une mine de classe mondiale », a annoncé Mamadou Sangafowa-Coulibaly.
Pour le gouvernement, cette progression du potentiel aurifère représente une opportunité à la fois économique et stratégique. Le développement d’une exploitation industrielle doit notamment contribuer à offrir une alternative à l’orpaillage clandestin. L’ambition affichée par le gouvernement ne se limite toutefois pas à l’exploitation de l’or. Il s’agit également de faire des projets miniers des moteurs du développement des territoires qui les accueillent.
« Le principe fondateur de la politique intégrée, c’est de nous assurer que les richesses du sous-sol vont bénéficier au plus grand nombre, et non à quelques-uns », a insisté le ministre.
Dans cette vision, les grandes exploitations minières devront contribuer au développement au-delà de leurs seuls sites d’activité. L’éducation, la formation, les infrastructures économiques et les infrastructures sociales figurent notamment parmi les domaines ciblés. L’objectif est de permettre aux territoires concernés de disposer d’une économie locale suffisamment solide pour poursuivre leur développement même après la fermeture de la mine.
Le Botswana comme modèle
Pour illustrer cette orientation, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a cité l’expérience du Botswana, où l’exploitation des ressources minières s’est accompagnée d’investissements structurants dans les territoires concernés.
La Côte d’Ivoire entend s’inspirer de cette approche afin que les communautés accueillant les projets miniers puissent bénéficier non seulement des retombées immédiates de l’exploitation, mais aussi d’infrastructures et de compétences capables de soutenir leur développement dans la durée.
Avec l’évolution de son potentiel aurifère, Afema apparaît ainsi comme un projet appelé à occuper une place importante dans cette stratégie pour le Sud-Comoé. À travers cette sensibilisation des populations, le suivi administratif des activités minières et la promotion d’une exploitation industrielle responsable, le gouvernement entend inscrire la lutte contre l’orpaillage illégal dans une approche plus globale.

