Politique / « Nier serait de mauvaise foi » : le PPA-CI reconnaît les réalisations de Ouattara, mais conteste leur impact social

Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) remet en question le bilan social des quinze années de pouvoir du président…

Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) remet en question le bilan social des quinze années de pouvoir du président Alassane Ouattara. Sans nier les transformations économiques ni les investissements réalisés depuis 2011, le parti de l’ancien président Laurent Gbagbo estime que ces avancées doivent être évaluées à partir d’un autre indicateur : leurs effets concrets sur les conditions de vie des populations.

Lors de la Tribune du parti, tenue le 25 août 2026 à Abidjan, Me Habiba Touré, porte-parole du PPA-CI et ambassadrice du pilier « Démocratie, Justice sociale et Services publics », a développé cette position en s’appuyant notamment sur des chiffres relatifs à l’éducation, à la santé, au logement, à l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi qu’aux services publics.

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Me Habiba Touré reconnaît les investissements, mais pose la question du partage de leurs effets

Dès le début de son intervention, l’avocate a refusé de nier les réalisations enregistrées depuis 2011. Pour elle, les transformations économiques et les grands travaux constituent une réalité qu’il serait de mauvaise foi de passer sous silence.

« Nous n’allons pas nier ce qui a été réalisé. Le nier serait de mauvaise foi », a-t-elle déclaré.

Mais cette reconnaissance ne suffit pas, selon la porte-parole du PPA-CI. Elle estime que l’appréciation du bilan doit aller au-delà des infrastructures et des indicateurs économiques pour mesurer leur impact sur la vie quotidienne des Ivoiriens. C’est à partir de cette interrogation que le parti développe son analyse du bilan social du pouvoir actuel.

« Mais la véritable question est celle-ci : la croissance économique et les investissements ont-ils amélioré la vie de tous les Ivoiriens ? »

Éducation : le PPA-CI alerte sur la pression exercée sur le système public

L’éducation nationale constitue l’un des premiers points de préoccupation soulevés par Me Habiba Touré. Le PPA-CI met notamment en avant la moyenne de 74 élèves par classe dans le premier cycle du secondaire public, alors que la norme officielle est fixée à 55 élèves. Le parti pointe également l’exclusion de 2,07 millions d’enfants du système scolaire ainsi que la progression du secteur privé dans l’enseignement secondaire. Celui-ci concentre désormais 77 % des établissements secondaires, selon les chiffres cités par la porte-parole.

Pour illustrer ce qu’elle considère comme un déséquilibre dans les priorités d’investissement, Me Habiba Touré s’est également référée aux données de la Cour des comptes. En 2021, la présidence de la République aurait exécuté 272,5 milliards de francs CFA d’investissements, contre 28,9 milliards pour l’Éducation nationale.

Avec ces chiffres, le PPA-CI entend mettre en évidence l’écart entre l’importance des investissements réalisés au sommet de l’État et les difficultés persistantes auxquelles le système éducatif reste confronté.

Santé : au-delà du nombre d’enrôlés à la CMU, la question de l’accès effectif aux soins

La santé figure également parmi les secteurs sur lesquels le PPA-CI porte un regard critique. Me Habiba Touré s’est notamment attardée sur la Couverture maladie universelle (CMU), dont les registres comptabilisaient 22,7 millions d’enrôlés à la fin de 2025. Pour la porte-parole du parti, le nombre d’inscrits ne permet toutefois pas, à lui seul, d’évaluer l’efficacité du dispositif. Elle relève notamment un taux de cotisation effective inférieur à 10 % dans le secteur informel.

À cette difficulté s’ajoute, selon les chiffres avancés par le PPA-CI, une insuffisance du nombre de praticiens. Sur les 34 régions sanitaires, 22 comptent moins d’un médecin pour 10 000 habitants.

« Une assurance maladie universelle ne se mesure pas au nombre de cartes imprimées (…), elle se mesure au nombre de malades effectivement soignés », a martelé Me Habiba Touré.

Elle a également critiqué la mesure temporaire de « CMU zéro cotisation », introduite à l’approche des échéances électorales, estimant que la question de l’accès réel aux soins devait rester au cœur de l’évaluation du système.

Logement : le parti dénonce les déguerpissements sans relogement

La question du logement constitue un autre volet majeur de la critique portée par le PPA-CI. Le parti s’est notamment élevé contre les opérations de déguerpissement conduites dans plusieurs quartiers précaires d’Abidjan, citant Boribana, Gesco, Banco 1 et Abattoir. Pour Me Habiba Touré, ces opérations posent la question de l’écart entre les démolitions et le volume de logements sociaux effectivement livrés depuis 2011.

« On ne combat pas la pauvreté en cassant la maison du pauvre », a-t-elle lancé, tout en réclamant l’arrêt des expulsions lorsqu’aucun relogement préalable n’est prévu.

Cette position s’inscrit dans la volonté affichée du PPA-CI de replacer les conditions de vie des populations au centre de l’évaluation des politiques publiques.

Eau, électricité, état civil et prisons : le parti élargit sa critique aux services publics

Au-delà de l’éducation, de la santé et du logement, la porte-parole du PPA-CI a également évoqué les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité. Elle a par ailleurs cité les problèmes liés à l’état civil ainsi que les conditions de détention dans les prisons. Pour le parti, ces différentes situations témoignent des limites d’une croissance économique dont les bénéfices ne seraient pas répartis de manière équivalente entre les populations. Le PPA-CI entend ainsi déplacer le débat du seul terrain des investissements et des grands projets vers celui de l’accès effectif aux services publics et de l’égalité des conditions de vie.

Le « Pacte social » comme réponse politique

C’est sur ce constat que le PPA-CI entend construire son « Pacte social ». Le parti le présente comme une nouvelle orientation fondée sur une meilleure redistribution des richesses et sur une République davantage tournée vers l’égalité des droits. Cette démarche vise à inscrire les questions sociales au cœur de son projet, en mettant l’accent sur la manière dont les richesses produites et les investissements bénéficient concrètement aux populations.

« La République n’appartient ni à un parti, ni à un clan, ni aux plus riches. Elle appartient à tous », a conclu Me Habiba Touré.

La porte-parole a précisé que les propositions chiffrées du « Pacte social » feront l’objet de consultations sur le terrain ainsi qu’auprès de la diaspora.



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