Don de 2 410 tonnes de riz chinois à la Côte d’Ivoire : une aide humanitaire qui déclenche une vive polémique

Ce qui devait illustrer un geste de solidarité internationale s'est rapidement transformé en sujet de controverse. L'annonce de la réception…

Ce qui devait illustrer un geste de solidarité internationale s’est rapidement transformé en sujet de controverse. L’annonce de la réception de plusieurs milliers de tonnes de riz offertes par la République populaire de Chine à la Côte d’Ivoire a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

À l’origine de cette polémique, une publication de la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté, Logboh Myss Belmonde Dogo, présentant cette aide alimentaire comme un appui destiné aux populations les plus vulnérables. En quelques heures, le débat a dépassé le simple cadre de l’action humanitaire pour s’étendre aux questions de souveraineté alimentaire, de politique agricole et de solidarité nationale.

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2 410 tonnes de riz pour les populations vulnérables

Dans son message publié à l’issue de la cérémonie officielle, la ministre a annoncé avoir procédé, aux côtés de l’ambassadeur de la République populaire de Chine en Côte d’Ivoire, Wu Jie, à la signature de l’acte de remise et de réception des quatrième et cinquième lots d’un don de 2 410 tonnes de riz. Selon Logboh Myss Belmonde Dogo, cette aide s’inscrit dans le cadre du programme alimentaire que la Chine met en œuvre en faveur de plusieurs pays africains.

« Avec l’Ambassadeur de la République Populaire de Chine SEM Wu Jie, j’ai procédé à la signature de l’acte de remise et de réception des 4e et 5e lots du don de 2410 tonnes de riz offert par son pays aux populations ivoiriennes. Ce geste de solidarité s’inscrit dans le cadre du projet alimentaire fourni par la Chine aux pays africains. D’une valeur d’un milliard 700 millions de FCFA, ces vivres seront distribués aux ménages les plus vulnérables sur l’ensemble du territoire national notamment les victimes des inondations et des opérations de déguerpissement de Koumassi Campement et des six quartiers et villages de Port-Bouët. »

La ministre a également exprimé, au nom du gouvernement ivoirien, sa gratitude envers les autorités chinoises.

« Un soutien où les besoins sont plus pressants. Au nom du Gouvernement de Côte d’Ivoire, j’adresse mes sincères remerciements au Gouvernement chinois pour ce geste à haute portée humanitaire qui renforce davantage les liens d’amitié et de coopération entre nos deux États. »

Des critiques sur la dépendance alimentaire de la Côte d’Ivoire

Malgré les explications du gouvernement, cette annonce a rapidement suscité des critiques de plusieurs internautes et personnalités publiques. Le journaliste Ferro Bally s’est notamment interrogé sur ce qu’il considère comme une contradiction entre les ambitions affichées de développement économique et le recours répété à des dons alimentaires.

« Notre pays, qui combat la mendicité, quémande du riz au plan international ? Et ce manège se trouve aux 4e et 5e lots. C’est honteux pour la « grande nation » ivoirienne, que l’on vante dans les propagandes », a-t-il déclaré.

Son intervention a été largement relayée et commentée sur les réseaux sociaux.  Plusieurs internautes ont également exprimé leur incompréhension face à cette nouvelle aide alimentaire.

« C’est bizarre, au XXIe siècle, la Côte d’Ivoire reçoit encore des dons de sacs de riz », a écrit un internaute.

Un autre estime que les ressources consacrées à cette opération auraient pu servir à renforcer durablement la production nationale.

« Un milliard 700 millions pourquoi ne pas prendre tout cet argent dans le développement de nos bas-fonds ? En plus, c’est le 4e et le 5e don. Tout cet argent pouvait développer nos bas-fonds pour être autosuffisant. Mais malheureusement, des décennies plus tard, c’est la Chine qui fournit le riz, pourtant le pays repose sur l’agriculture », a-t-il commenté.

Dans le même esprit, un autre internaute s’est indigné de cette situation.

« Dommage pour notre pays de recevoir toujours des dons de riz. Et pourtant, le pilier de notre développement repose sur l’agriculture. »

Entre urgence sociale et autonomie alimentaire

Au-delà des réactions suscitées par cette annonce, cette controverse met en évidence une problématique plus profonde. Elle illustre la tension récurrente à laquelle sont confrontés de nombreux pays en développement, répondre aux urgences sociales immédiates tout en construisant une véritable autonomie économique et alimentaire sur le long terme.

D’un côté, les autorités défendent le recours à la solidarité internationale afin d’apporter une réponse rapide aux populations touchées par les crises, notamment les victimes des inondations et des opérations de déguerpissement. De l’autre, une partie de l’opinion publique estime que ces aides successives devraient inciter à accélérer les investissements dans la production agricole nationale afin de réduire durablement la dépendance du pays aux importations et aux dons alimentaires.

LIRE AUSSI : Koumassi Campement : le gouvernement apporte une aide de 250 000 FCFA à 400 ménages déguerpis

La controverse autour de ce don de 2 410 tonnes de riz dépasse ainsi la simple question de l’aide humanitaire. Elle met en lumière les attentes grandissantes d’une partie de la population en matière de souveraineté alimentaire, de développement agricole et d’efficacité des politiques publiques. Elle rappelle également que les questions liées à la gouvernance de la solidarité nationale et au renforcement de la production agricole demeurent au cœur des débats sur le développement de la Côte d’Ivoire.

Myss Belmonde Dogo
© Myss Belmonde Dogo



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