Près de 25 000 immigrés ont déjà quitté l’Afrique du Sud face à la montée des tensions autour d’une campagne anti-étrangers. Alors que plusieurs rassemblements sont annoncés ce mardi 30 juin 2026, les autorités sud-africaines ont renforcé le dispositif sécuritaire afin d’éviter d’éventuels débordements dans un climat marqué par la peur et les menaces visant les communautés étrangères.
La tension s’est installée depuis plusieurs semaines autour d’un ultimatum lancé par des mouvements citoyens en dehors de tout cadre légal. Ces organisations exigent le départ des étrangers en situation irrégulière, les accusant notamment de concurrencer les Sud-Africains sur le marché de l’emploi.
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Un climat de peur dans les grandes villes
Dans plusieurs métropoles sud-africaines, notamment Johannesburg, Durban et Le Cap, des communautés étrangères ont cherché refuge dans des camps improvisés ou devant leurs représentations diplomatiques. Certains migrants ont abandonné leurs logements, leurs activités professionnelles et parfois même des proches établis dans le pays, dans l’espoir de regagner leur terre d’origine.
L’Afrique du Sud accueille environ 3 millions d’étrangers, soit 5,1 % de sa population, selon les données officielles. La première économie du continent attire depuis plusieurs années des travailleurs venus principalement d’autres pays africains, à la recherche d’opportunités économiques.
Mais la situation actuelle rappelle les épisodes de violences xénophobes déjà connus par le pays en 2008 et 2015. Cette fois, l’ampleur des départs inquiète davantage les autorités, avec des ressortissants du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria ou encore du Ghana contraints de quitter le pays par leurs propres moyens ou à travers des opérations de rapatriement organisées.
Des accusations contre les migrants sur fond de chômage élevé
Les mouvements antimigrants, notamment « March and March », affirment vouloir défendre les intérêts des Sud-Africains sans recourir à la violence. Ils accusent cependant les étrangers sans papiers de prendre des emplois locaux, alors que le pays affiche un taux de chômage supérieur à 32 %.
Ces groupes dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une pression supplémentaire sur les services publics, notamment la santé, ainsi qu’une implication supposée des migrants dans la criminalité. Des accusations qui ne reposent pas toujours sur des données vérifiées. Sur le terrain, cette rhétorique a déjà provoqué des actes de violence. Quatre personnes, deux Mozambicains, un Éthiopien et un Malawite, ont perdu la vie dans des incidents liés à ces tensions. Des commerces appartenant à des étrangers ont également été ciblés par des actes de pillage.
Au-delà des violences physiques, de nombreux immigrés dénoncent une multiplication des intimidations. Plusieurs témoignages recueillis font état de licenciements et d’expulsions de logements, certains employeurs et propriétaires craignant des sanctions ou des représailles.
« Je suis déçue de ce que nos frères et sœurs sud-africains nous font subir. Même les enfants nous narguent et nous demandent quand nous allons rentrer chez nous », témoigne Katiija Rajab, une Malawite de 36 ans employée comme domestique près de Durban depuis trois ans, qui a décidé de rentrer dans son pays.
Face à la situation, le Ghana et le Nigeria ont organisé des vols de rapatriement pour plusieurs centaines de leurs ressortissants, tout en appelant Pretoria à mieux gérer cette crise qui ternit l’image d’un pays longtemps considéré comme un symbole de solidarité africaine après la fin de l’apartheid.
Les autorités renforcent le dispositif sécuritaire
Pour éviter une escalade, le ministre intérimaire de la Police, Firoz Cachalia, a annoncé un renforcement du déploiement des forces de sécurité et averti les personnes susceptibles de provoquer des troubles. Le président Cyril Ramaphosa ainsi que plusieurs responsables locaux ont également engagé des consultations avec les autorités traditionnelles et religieuses afin d’appeler au calme et à la retenue.
Les autorités redoutent particulièrement des tensions dans le KwaZulu-Natal et à Johannesburg, deux zones déjà marquées par des épisodes de violences majeures. La province du KwaZulu-Natal avait notamment été frappée en juillet 2021 par des émeutes meurtrières ayant fait plus de 330 morts après l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma.
Pour plusieurs analystes, la montée des discours hostiles aux migrants intervient également dans un contexte politique marqué par les prochaines élections municipales prévues le 4 novembre.
« Des partis politiques font de la surenchère (…) Ils paradent en se présentant comme étant anti-immigrés », analyse le politologue Sandile Swana, évoquant notamment les stratégies de certains mouvements politiques comme le parti MK de Jacob Zuma ou Action SA.
Le dirigeant du KwaZulu-Natal, Thami Ntuli, a appelé dimanche à éviter une nouvelle crise dans la province. « Quelles que soient nos inquiétudes concernant l’immigration illégale (…), nous ne laisserons pas cette province partir une seconde fois en fumée », a-t-il déclaré, appelant à préserver la paix sociale.

