Le débat autour du « pacte social » proposé par l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo prend une nouvelle tournure. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, dit Am’s, a vivement réagi à cette initiative, en mettant en avant les événements douloureux de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.
Dans une déclaration, massivement relayé sur Facebook, le membre du gouvernement a remis en cause la crédibilité de l’ancien chef de l’État à porter un tel projet, estimant que son bilan politique ne correspond pas, selon lui, aux valeurs associées à la notion de pacte social.
« Laurent Gbagbo est un champion des concepts creux et fumeux. C’est un spécialiste de l’enfumage », a déclaré Amadou Coulibaly, avant d’évoquer une ancienne formule attribuée au général Robert Guéï qui qualifiait Laurent Gbagbo de « boulanger ».
Le ministre a ensuite rappelé plusieurs épisodes marquants de la crise ivoirienne pour justifier son opposition à cette initiative. Il a notamment évoqué des atteintes à la liberté de la presse, des violences contre des journalistes et des épisodes sanglants survenus sous la présidence de Laurent Gbagbo.
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« C’est sous Laurent Gbagbo qu’on a brûlé des rédactions de journaux, qu’on a détruit des journaux et que des journalistes ont été assassinés », a-t-il affirmé, citant notamment le cas de Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien disparu en 2004.
Amadou Coulibaly a également dénoncé les violences commises contre des populations civiles durant cette période, estimant que l’ancien président ne pouvait pas faire abstraction du passé tout en appelant à une réconciliation nationale.
« Il peut décider d’être amnésique, mais nous, nous sommes des contemporains. Il peut oublier ce passé, mais nous ne pourrons pas l’oublier », a-t-il déclaré.
Le porte-parole du gouvernement a également réagi aux propos de Laurent Gbagbo sur ses conditions de détention à Korhogo après la crise postélectorale de 2010-2011, notamment son isolement et l’absence de visites. Pour Amadou Coulibaly, cette évocation contraste avec le sort réservé aux victimes des violences politiques. Il a cité plusieurs personnalités militaires disparues durant les différentes crises ivoiriennes, estimant que certaines personnes auraient « préféré être en vie » plutôt que de bénéficier de visites en détention.
« Vous êtes en vie, vous qui avez contribué à tuer des gens, vous avez détruit des vies, et vous vous plaignez de vos conditions de détention. Mais qu’en est-il de ceux qui sont morts ? », a-t-il lancé à l’endroit de l’ancien président.
Dans son intervention, le ministre a enfin rappelé les manifestations des 25, 26 et 27 mars 2005, qui avaient fait plusieurs centaines de morts selon certaines estimations, dénonçant l’usage de moyens militaires dans la gestion de ces troubles.
« On a utilisé des hélicoptères pour faire du maintien de l’ordre. De quoi nous parle-t-il ? », a-t-il interrogé.
Cette sortie relance le débat politique autour du projet de « pacte social » défendu par Laurent Gbagbo, entre appel à l’apaisement national pour ses partisans et critiques sur la responsabilité historique de l’ancien président pour ses opposants.

