Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a officialisé, vendredi 3 juillet, son intention de créer prochainement sa propre formation politique. L’annonce a été faite au Palais de la République, devant plus de 300 maires issus de sa coalition, venus des quatorze régions du pays.
Cette prise de position marque une étape supplémentaire dans la rupture politique engagée depuis plusieurs mois avec Ousmane Sonko et le parti PASTEF. Elle intervient également dans un contexte institutionnel particulier, quelques jours après le vote d’une réforme constitutionnelle susceptible d’empêcher le président de la République de diriger un parti politique.
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Vers une restructuration de la coalition Diomaye Président
En réunissant les édiles locaux de sa coalition, baptisée Diomaye Président, le chef de l’État a exposé sa volonté de transformer en profondeur l’architecture de son mouvement politique. Bassirou Diomaye Faye a ainsi plaidé pour la mise en place d’une « unité plus organique » des forces qui le soutiennent, estimant nécessaire de dépasser le cadre actuel de coalition pour aller vers la création d’un parti structuré et unifié.
Pour mettre en œuvre ce chantier politique, le président sénégalais a confié un rôle central à Aminata Touré, superviseure générale de la coalition. Elle est chargée de constituer un comité de réflexion destiné à poser les bases de la future formation politique. Ce groupe de travail devra, dans les plus brefs délais, élaborer les principaux éléments du parti en gestation. Dans les semaines à venir, les travaux porteront notamment sur la rédaction du règlement intérieur, la définition du programme politique ainsi que le choix du nom et du sigle du futur parti, appelé à remplacer la coalition Diomaye Président.
Une coalition jugée trop éclatée pour les enjeux électoraux
Justifiant cette réforme, Aminata Touré a mis en avant la complexité de l’organisation actuelle.
« C’est dans un souci d’efficacité de la coalition. Figurez-vous que l’on est 500 partis et organisations et chacun est dans son parti et dans la coalition. Il faut une unité plus organique pour aller vers les élections municipales », a-t-elle expliqué.
Cette restructuration vise principalement à renforcer la cohésion en vue des prochaines élections municipales. Au-delà des échéances locales, cette réorganisation politique s’inscrit dans une perspective plus large, avec la présidentielle de 2029 en ligne de mire. Elle confirme également la poursuite de la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, dont les divergences politiques s’étaient accentuées ces derniers mois.
L’annonce du chef de l’État a suscité des réactions au sein de l’opposition et notamment dans les rangs de PASTEF. Ayib Daffé, chef du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée nationale, a exprimé ses réserves face à cette orientation.
« C’est un peu étonnant de la part d’un président de la république qui avait annoncé se mettre au-dessus de la mêlée. C’est une volte-face guidée par des calculs politiciens et électoralistes. Tout cela est un peu contradictoire avec les valeurs qu’il proclame », a-t-il déclaré.
Une situation politique encore marquée par l’héritage de Pastef
Cofondateur de PASTEF en 2014 aux côtés de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Bassirou Diomaye Faye conserve à ce jour le statut de président d’honneur du parti, malgré les tensions persistantes avec ses anciens alliés. Il continue par ailleurs de diriger la coalition Diomaye Président, qui avait porté sa candidature victorieuse en 2024, même si son avenir politique reste désormais incertain.
Toutefois, les statuts de PASTEF rappellent qu’un engagement dans une autre formation politique équivaut à une démission de fait, ce qui pourrait redéfinir sa position au sein du parti. Cette recomposition politique intervient enfin dans un contexte institutionnel marqué par l’adoption, le lundi 29 juin, d’une réforme constitutionnelle par les députés de PASTEF.
Ce texte prévoit l’incompatibilité entre la fonction de président de la République et la direction d’un parti politique. Face à cette évolution, le chef de l’État a annoncé son intention de soumettre cette réforme à référendum, ouvrant ainsi une nouvelle séquence politique et institutionnelle au Sénégal.

