Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde

Nouveaux bilans, nouvelles mesures, faits marquants: un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 46.000 morts dans le monde.

– « Escalade rapide » –

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté sur la progression « quasi-exponentielle » de la pandémie.

« Je suis profondément préoccupé par l’escalade rapide et la propagation mondiale des infections. Le nombre de décès a plus que doublé au cours de la dernière semaine. Dans les prochains jours, nous atteindrons 1 million de cas confirmés et 50.000 décès », a déclaré le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

– Pire crise mondiale depuis 1945 –

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a estimé que la Terre vivait sa « pire crise mondiale depuis que l’ONU a été fondée » il y a 75 ans, évoquant « la combinaison d’une maladie menaçante pour tout le monde et d’un impact économique conduisant à une récession sans précédent dans un passé récent ».

– Risque de « pénurie alimentaire » –

Les dirigeants de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont mis en garde contre un risque de crise alimentaire mondiale.

« Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation », provoquant elle-même « une pénurie sur le marché mondial ».

– Confinements –

Plus de 3,75 milliards de personnes, soit 48% de la population mondiale, sont appelées ou contraintes par leurs autorités à rester chez elles.

L’Allemagne va prolonger au moins jusqu’au 19 avril ses mesures de restriction. Le Portugal a décidé de prolonger le confinement de deux semaines.

Aux Etats-Unis, la Floride a ordonné le confinement général.

En France, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué qu’il était « probable » que le déconfinement de la population se fasse par étapes.

Aux Pays-Bas, où il n’y a pas de confinement obligatoire, les autorités ont étendu jusqu’au 28 avril les mesures de fermeture imposées aux écoles, aux restaurants et aux bars.

Le service américain des parcs nationaux a décidé la fermeture immédiate du Grand Canyon, haut lieu touristique d’Arizona visité chaque année par des millions de touristes.

– Menace de la rougeole –

L’Alliance du vaccin (Gavi), qui rassemble l’OMS, la Banque mondiale et des représentants de l’industrie pharmaceutique, craint que les mesures de confinement, qui limitent les vaccinations de routine, ne provoquent d’autres épidémies dangereuses comme la rougeole.

– Plus de 900.000 cas –

Au moins 905.589 cas d’infection, parmi lesquels 45.719 décès, ont été détectés dans 187 pays et territoires, selon un comptage réalisé par l’AFP à partir de sources officielles mercredi à 19H00 GMT.

L’Italie compte 13.155 morts, l’Espagne 9.053, et la France 4.032. La Chine, berceau de la pandémie, compte 81.554 cas, dont 3.312 morts.

Aux Etats-Unis (215.417 cas, dont plus de 5.000 morts), le décès d’un bébé de six semaines, contaminé par le coronavirus, a été annoncé mercredi.

Le Brésil a recensé un premier cas dans une communauté amérindienne: une jeune femme de l’ethnie kokama, âgée de 20 ans, vivant près de la frontière avec la Colombie. C’est est une professionnelle de santé.

Le Niger a signalé ses deux premiers cas hors de la capitale Niamey. Il en compte au total 74 et cinq morts.

– Tests, équipements –

L’équipe scientifique de la Commission européenne a développé un dispositif de contrôle des tests de dépistage du coronavirus. Le nouveau matériel vise à « garantir que les tests en laboratoire pour la présence du coronavirus fonctionnent bien ».

Le cigarettier British American Tobacco a annoncé qu’une de ses filiales travaillait sur un potentiel vaccin grâce à une méthode recourant à la feuille de tabac. Le vaccin est en phase de test pré-clinique et n’a pas donc pas été testé sur l’homme ni obtenu l’homologation des autorités sanitaires.

– Annulations, reports –

Le tournoi de tennis de Wimbledon, prévu du 29 juin au 12 juillet, a été annulé, ainsi que le festival d’Edimbourg, plus grand événement mondial de spectacle vivant prévu au mois d’août.

La conférence internationale sur le climat COP26 prévue à Glasgow en novembre est reportée à une date indéterminée en 2021.

– « Observatoire 19 » –

Reporters sans frontières a lancé l' »Observatoire 19″ de la liberté de la presse pour mesurer régulièrement « les impacts de la pandémie sur le journalisme », documentant « la censure étatique, la désinformation délibérée et leurs effets sur le droit à l’information fiable ».

– Evacuation –

Selon le président américain Donald Trump, les passagers canadiens et britanniques du paquebot Zaandam, qui transporte quatre morts et des personnes avec des symptômes du coronavirus, vont être prochainement évacués.

– Aides –

Le Fonds monétaire international octroie au Sénégal une aide d’urgence de 221 millions de dollars pour faire face à l’impact économique de la pandémie.

Les subventions salariales que le Canada compte verser aux entreprises pour éviter de nombreux licenciements coûteront 71 milliards de dollars canadiens (45 milliards d’euros).

Un avion chargé d’aide humanitaire, envoyé par la Russie pour aider les Etats-Unis à faire face à l’épidémie de coronavirus, a atterri mercredi après-midi à New York.

burs-acm/elm/roc

Covid-19: en RDC, mise en quarantaine du coeur battant de Kinshasa

Le coeur politique, diplomatique et économique de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, va être « mis en quarantaine » pendant 14 jours à compter de lundi, a annoncé jeudi le gouverneur de la ville.

La commune résidentielle de la Gombe, l’une des 26 de la capitale d’au moins dix millions d’habitants, « est mise en quarantaine du 6 au 20 avril », a déclaré le gouverneur Gentiny Ngobila lors d’une intervention radio-télévisée.

Siège du gouvernement, des grandes ambassades, de plusieurs banques, la commune de la Gombe « est considérée comme l’épicentre de l’épidémie dans la ville », a ajouté le gouverneur.

Pendant le confinement partiel de la seule Gombe, l’équipe de la « riposte » au Covid-19 « s’organisera pour rechercher les personnes malades, mais aussi investiguer les contacts à risque et les cas symptomatiques sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa pour leur dépistage et prise en charge ».

« Il n’y aura pas de pénuries en denrées alimentaires », et les commerces éviteront « les ruptures de stock des produits essentiels », a assuré le gouverneur.

Le même gouverneur avait annoncé jeudi dernier un premier « confinement total » de quatre jours de tout Kinshasa, avant de faire marche arrière le lendemain par crainte d’une flambée des prix et de l’insécurité.

La RDC a officiellement déclaré 134 cas confirmés, pour 13 décès et trois guérisons, selon le dernier bulletin épidémiologique en date de jeudi soir.

L’immense majorité des cas – 126 – se trouve à Kinshasa, porte d’entrée du virus en RDC à partir du 8 mars, selon les données officielles.

Les premiers cas déclarés à partir du 10 mars ont été « importés » d’Europe, touchant par exemple des proches du pouvoir dont certains sont décédés. La zone de santé de la Gombe a été la plus touchée.

Cette commune huppée est parfois surnommée la « République de la Gombe » par ses habitants, principalement des expatriés et des Congolais dont le niveau de vie est nettement supérieur à celui du reste de la « cité ».

Un million de cas : la progression exponentielle de la pandémie

Le cap du million de cas de Covid-19 officiellement déclarés dans le monde a été franchi jeudi, avec, sur les dernières semaines, une nette accélération des contaminations et des décès qui témoigne de la progression exponentielle de la pandémie.

Que disent les chiffres les plus récents ?

Au moins 1.000.036 cas d’infection, parmi lesquels 51.718 décès, ont été détectés dans 188 pays et territoires, selon un bilan jeudi à 19H00 GMT.

Sur les 7 derniers jours, autant de nouveaux cas ont été diagnostiqués dans le monde que lors des 86 jours précédents. Le nombre de décès recensés a doublé depuis le 27 mars. A ce jour, au moins 186.000 malades sont considérés comme guéris.

Mais les données publiées partout dans le monde, aussi bien en terme de cas que de décès, sont loin de refléter exactement la réalité.

Nombre de pays ne testent que les malades dans un état grave – certains comme la Finlande reconnaissent eux-mêmes que leurs bilans sont largement sous-évalués, avec un nombre réel de cas dans le pays qui pourrait être jusqu’à 30 fois plus élevé. En ce qui concerne les morts, certains Etats n’incluent par exemple pas les décès survenus dans les maisons de retraite.

Mais la croissance des chiffres montre la propagation dramatique de la maladie à travers la planète.

Avec 542.191 cas recensés dont 37.715 décès (respectivement 54% et 73% des totaux mondiaux), l’Europe, qui comptait encore moins de 10.000 cas le 7 mars, est aujourd’hui le principal foyer de la pandémie.

La progression y a été fulgurante ces dernières semaines : en un peu plus de dix jours, le nombre des décès a été multiplié par 7, pour dépasser les 37.000 le 2 avril.

Mais elle l’est désormais aussi aux Etats-Unis, devenus le 27 mars le pays le plus touché dans le monde en nombre de cas.

Les Etats-Unis, qui ne comptaient officiellement que 68 contaminations le 2 mars, en enregistrent désormais plus de 234.000. Depuis le 28 mars, en seulement cinq jours, ces cas recensés dans le pays ont doublé.

Le nombre de décès y suit une évolution similaire : les Etats-Unis ont enregistré leur premier décès le 1er mars et en déplorent aujourd’hui 5.607. Ce nombre a doublé sur les 3 derniers jours.

L’Italie et l’Espagne meurtries

Seules l’Italie et l’Espagne affichent un bilan plus lourd à ce jour en terme de morts.

L’Italie (115.242 cas, 13.915 décès) et l’Espagne (110.238, 10.003) sont aussi avec les Etats-Unis les pays qui comptent plus de cas déclarés qu’en Chine, foyer initial de la contagion où les chiffres officiels montrent un fort ralentissement depuis plus d’un mois (81.589 cas dont 3.318 décès au total, 31 seulement depuis une semaine).

Sur 100 décès en Europe, près de 36 sont aujourd’hui enregistrés en Italie et 27 en Espagne.

Dans ces deux pays, les mesures de confinement de la population semblent toutefois commencer à porter leurs fruits, avec un ralentissement de la progression de l’épidémie. D’une augmentation de 15% du nombre de cas chaque jour il y a encore deux semaines, l’Italie enregistre depuis plusieurs jours des taux d’augmentation inférieurs à 5%. Depuis 24h, seuls 18 patients supplémentaires ont été admis en soins intensifs dans le pays.

L’Espagne recense elle environ 8% de cas supplémentaires chaque jour, bien moins que les 15 à 20% comptés la semaine dernière.

En Europe et ailleurs dans le monde, les autres pays les plus touchés sont la France (73.743 cas et 5.387 décès, avec un bilan incluant désormais des cas en maison de retraite), l’Iran (50.468, 3.160), le Royaume-Uni (33.718, 2.921), les Pays-Bas (14.697, 1.339), la Belgique (15.348, 1.011), l’Allemagne (73.522, 872), la Suisse (18.194, 431) et la Turquie (18.135, 356).

L’Afrique, malgré sa population de 1,3 milliard d’habitants, recense à ce jour seulement 6.804 cas pour 273 décès. Le seul continent qui compte moins de cas est l’Océanie (5.949 cas pour 27 décès).

La région d’Amérique latine et des Caraïbes a franchi mercredi le cap des 20.000 cas, atteignant jeudi 23.133, dont 653 décès. Le Moyen-Orient a lui enregistré 64.083 cas dont 3.306 décès et l’ensemble de l’Asie 112.356 cas dont 4.003 décès.

Ces bilans ont été réalisés à partir de données collectées par les bureaux de l’AFP auprès des autorités nationales compétentes et des informations de l’OMS.

Keir Starmer, nouveau visage modéré et europhile de l’opposition britannique

En portant Keir Starmer à leur tête, les travaillistes britanniques ont choisi une figure modérée et europhile, un ancien avocat spécialisé dans la défense des droits de l’Homme, pour mener l’opposition dans le Royaume-Uni de l’après-Brexit.

Elu à une large majorité samedi, cet homme de 57 ans au visage carré a réussi à rallier les centristes du parti, tout en parvenant à conserver le soutien des partisans de son prédécesseur, le très à gauche Jeremy Corbyn.

Keir Starmer a réussi ce pari en ne jetant aux orties ni le programme – qui prévoit des nationalisations massives – ni le radicalisme de l’ancien chef de parti travailliste, qui a subi aux élections législatives du 12 décembre une défaite sans commune mesure depuis 1935, notamment en raison du manque de clarté de sa position sur le Brexit.

Chargé depuis 2016 au sein du parti de cette question qui a déchiré le pays pendant plus de trois ans, Keir Starmer s’est nettement démarqué de la ligne attentiste de Jeremy Corbyn, en se prononçant pour un nouveau référendum et surtout pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

Juste après le vote qui a vu le « leave » l’emporter à 52% en juin 2016, il a fait partie du mouvement de rébellion au sein du Labour contre Jeremy Corbyn, étrillé pour sa molle campagne pour le maintien dans l’UE.

Keir Starmer devra rassembler et mener à la victoire un parti éclaté par les divisions, qui a perdu les clés de Downing Street au profit des conservateurs depuis dix ans.

Il devra aussi assainir un parti gangréné par l’antisémitisme, que Jeremy Corbyn est accusé au mieux de ne pas avoir assez combattu, au pire d’avoir laissé complaisamment prospérer. C’est d’ailleurs l’un des engagements qu’il a pris sitôt élu, s’excusant de cette « tache » sur le parti.

Ni corbyniste ni blairiste (du nom de l’ancien Premier ministre Tony Blair, au libéralisme assumé), Keir Starmer déclarait en décembre au Guardian : « Je n’ai pas besoin du nom de quelqu’un d’autre tatoué sur le front pour savoir ce que je pense ».

« Starmer va être le bureaucrate compétent, celui qui fait les choses. (…) Il demandera au gouvernement de rendre des comptes », estime Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham, interrogé par l’AFP.

– Défenseur puis accusateur –

Selon Andrew Rawnsley, éditorialiste de l’hebdomadaire de gauche The Observer, « beaucoup s’interrogent sur sa capacité à inspirer ».

Sérieux, parfois même décrit comme terne face à un Boris Johnson, au pouvoir depuis juillet, et haut en couleurs, Keir Starmer a plus un profil de juriste que de politique pur jus.

Il n’est d’ailleurs membre du Parlement que depuis 2015, élu dans la circonscription de Holborn et Saint-Pancras à Londres. Dans la foulée de la démission d’Ed Miliband après la défaite des travaillistes – la pire depuis 1987 – les proches de Keir Starmer le pressent de se lancer dans la course à la tête du parti. Faute d’expérience, il refusera et apportera son soutien à Andy Burnham, battu par Jeremy Corbyn.

Né le 2 septembre 1962, Keir Starmer avait pour camarade d’école le DJ Fatboy Slim, avec qui il prenait des cours de violon.

Son père était tourneur-ajusteur, sa mère, infirmière souffrant d’une grave maladie auto-immune, ce qui l’a amené à fréquenter les hôpitaux depuis sa jeunesse. Son épouse, avec qui il a deux enfants, travaille pour le NHS, le service public de santé britannique, qui a été au coeur de sa campagne.

Après des études de droit, à Leeds puis Oxford, il devient avocat et se spécialise dans la défense des droits de l’Homme. C’est ainsi qu’il mènera des batailles judiciaires contre la peine de mort dans les Caraïbes ou défendra des salariés de McDonald poursuivis pour avoir critiqué l’enseigne.

En 2008, il passe de défenseur à accusateur, en prenant la tête du parquet d’Angleterre et du Pays de Galles, poste qu’il occupera jusqu’en 2013.

Pendant cette période, il mène les poursuites contre des députés abusant de leurs frais de mandats, mais essuie des critiques pour avoir initialement refusé d’engager des poursuites contre un policier dans l’affaire de la mort d’un vendeur de journaux lors des manifestations de 2009 lors du G20 à Londres.

Fan d’Arsenal, il est passionné de foot, et joue tous les week-ends.

Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde

Nouveaux bilans, nouvelles mesures, faits marquants: un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19.

– Espoir en Europe –

En Italie, le nombre de morts officiellement recensés en 24 heures (525) est le plus bas depuis plus de deux semaines. « La courbe a commencé sa descente », s’est félicité le patron de l’Institut supérieur de la Santé.

L’Espagne, où les autorités estiment avoir stabilisé la propagation du virus, a enregistré 674 morts au cours des dernières 24 heures, un chiffre en baisse pour le 3e jour consécutif.

– « Escalade » à venir aux Etats-Unis –

« La semaine prochaine sera un moment comme Pearl Harbor, comme le 11-Septembre, sauf que ce ne sera pas localisé, ce sera dans tout le pays », a prévenu l’administrateur fédéral des services de santé publique, Jerome Adams.

Les Etats-Unis se sont approchés dimanche de la barre des 10.000 morts, dont plus de 4.000 pour le seul Etat de New York, avec plus de 1.200 morts en 24 heures.

– Plus de 68.000 morts –

Le nombre des cas de contamination par le nouveau coronavirus dépasse 1,2 million, parmi lesquels plus de 68.000 décès, dans 191 pays et territoires, selon un comptage réalisé par l’AFP dimanche à 19H00 GMT.

L’Italie (15.877 morts) et l’Espagne (12.418) sont les pays au monde comptant le plus de morts. La France dénombre 8.078 décès.

– Boris Johnson hospitalisé –

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, testé positif au nouveau coronavirus il y a dix jours, a été hospitalisé dimanche pour subir de nouveaux examens, ont annoncé ses services, précisant qu’il s’agit d’une « mesure de précaution ».

– Elisabeth II: « Nous vaincrons » –

La reine Elisabeth II a remercié le personnel soignant ainsi que les Britanniques qui restent chez eux pour éviter la propagation du virus, dans une allocution télévisée historique.

« Nous vaincrons » le coronavirus, a lancé la reine. L’épidémie a fait près de 5.000 morts dans le pays.

– Quarantaines –

En Grèce, un deuxième camp de migrants près d’Athènes a été placé en quarantaine après un test au coronavirus qui s’est révélé positif pour un ressortissant afghan.

Singapour a placé près de 20.000 travailleurs migrants en quarantaine après avoir constaté la hausse du nombre de contaminations, notamment au sein des résidences où dorment ces ouvriers.

Au Pakistan, quelque 20.000 fidèles ayant participé à un rassemblement géant d’un mouvement rigoriste musulman à Lahore ont été mis en quarantaine. Les autorités en recherchent des dizaines de milliers d’autres.

– Eglises vides –

Le pape François a célébré la messe des Rameaux, qui marque l’entrée dans la semaine sainte de Pâques, dans une basilique Saint-Pierre déserte du fait de la pandémie.

Aux Philippines, des prêtres, masques sur le nez, ont béni les fidèles en confinement depuis des véhicules.

L’archevêque du Panama, José Domingo Ulloa, est monté dimanche à bord d’un hélicoptère pour une bénédiction depuis les airs, donnant le coup d’envoi de la Semaine Sainte dans ce pays.

– « Restez chez vous! » –

Londres a menacé de durcir le confinement s’il est bafoué. « Prendre un bain de soleil est contraire aux règles », a insisté le ministre de la Santé Matt Hancock, lui-même guéri du nouveau coronavirus.

– Côte d’Ivoire: la population détruit un centre anti-coronavirus –

Des habitants d’un quartier populaire d’Abidjan ont violemment démantelé dimanche un centre en construction dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus, parce qu’ils redoutaient sa trop grande proximité.

– Equateur: des cercueils en carton –

La ville équatorienne de Guayaquil, particulièrement frappée par la pandémie de coronavirus et où des vidéos ont montré des cadavres dans les rues, tente de faire face à l’augmentation des décès avec des cercueils en carton.

burs-ob/ybl

Italie : un plan pour sortir « graduellement » de la pandémie

Apparemment arrivée sur « le plateau » de la pandémie, l’Italie n’a pas entamé la descente mais pense à son redémarrage avec un plan sanitaire du gouvernement, qui prévient que le retour à la normale n’est pas pour demain.

Ce pays, jusqu’ici le plus endeuillé du monde par le fléau, a enregistré dimanche le nombre de morts en 24 heures le plus bas (525) depuis plus de deux semaines.

– Quand la vie pourra-t-elle reprendre ? –

« Pour l’instant, je ne peux pas dire quand le blocage (du pays) prendra fin. Nous suivons les indications du comité scientifique mais l’Italie a été la première nation à faire face à l’urgence », a déclaré dimanche le Premier ministre, Giuseppe Conte, interrogé sur la chaîne américaine NBC News.

« Notre réponse n’a peut-être pas été parfaite, mais nous avons fait de notre mieux sur la base de nos connaissances », a ajouté M. Conte, qui avait annoncé cette semaine que l’Italie resterait à l’arrêt au moins jusqu’au 13 avril.

Les autorités n’ont cessé de le répéter ces derniers jours, craignant un relâchement des comportements avec les beaux jours et les vacances de Pâques : « il ne faut pas baisser la garde » contre le virus.

« L’urgence n’est pas finie. Le danger n’a pas disparu. Nous avons encore quelques mois difficiles devant nous, ne gâchons pas les sacrifices consentis », a exhorté dimanche le ministre de la Santé Roberto Speranza dans un entretien avec les quotidiens Il Corriere della Sera et La Repubblica.

L’objectif est un retour à la normale « dès que possible », a ajouté le ministre sans « donner de date ».

Et après ? Le chef de la Protection civile, Angelo Borrelli, qui égrène chaque soir la litanie des victimes, a annoncé vendredi que la péninsule serait toujours confinée pour le pont du 1er mai, avant de préciser que la décision relevait exclusivement du gouvernement.

Avec prudence, M. Borrelli a aussi évoqué le 16 mai comme date possible d’entrée dans une « phase 2 », synonyme de « coexistence avec le virus », mais seulement « si l’évolution (de la pandémie) ne change pas ».

– Avec quelles mesures sanitaires ? –

Le ministre de la Santé a exposé dimanche un plan stratégique en cinq points « pour sortir graduellement » de la pandémie préconisant le port du masque généralisé, la « distanciation sociale scrupuleuse dans les lieux de vie et de travail » et un réseau d’hôpitaux se consacrant au Covid-19 qui resteront ouverts après la crise pour empêcher un éventuel retour du virus.

Le gouvernement prévoit de renforcer « les réseaux sanitaires locaux » afin que chaque malade identifié puisse être pris en charge du dépistage à la mise en place d’un traitement, et de tester des échantillons de la population pour déterminer le nombre précis des personnes contaminées.

L’éxécutif envisage enfin la mise en place d’une application sur smartphone, sur le modèle sud-coréen, à la fois pour cartographier les mouvements des malades diagnostiqués pendant les 48 heures ayant précédé l’infection et pour favoriser la télémédecine afin, par exemple, de surveiller à domicile leur fréquence cardiaque et leur taux d’oxygène dans le sang.

– Dans quel ordre ? –

« Même lorsque les cas de coronavirus seront tombés à zéro, la vie ne sera plus la même pendant longtemps », a prévenu cette semaine le président de l’Institut supérieur de la santé (ISS), Silvio Brusaferro.

Avec l’assouplissement des mesures de confinement, les premières activités qui devraient reprendre sont celles liées à la chaîne d’approvisionnement alimentaire et pharmaceutique. Cela devrait aussi être le cas des artisans dont les boutiques voient passer un nombre limité de personnes.

Les bars, restaurants, discothèques ou salles de sport seront les derniers à rouvrir et, le moment venu, il est probable que leurs propriétaires devront prévoir une distance de sécurité d’au mois un mètre entre leurs clients de même qu’avec leur personnel.

Les personnes souhaitant rentrer en Italie – environ 200.000 Italiens actuellement selon les chiffres officiels – devront se mettre à l’isolement et présenter en montant à bord d’un avion ou d’un train une déclaration sur l’honneur précisant l’adresse où ils devront se soumettre à une période de quarantaine.

Les transports publics devront maintenir une fréquentation basse, ce qui sera rendu possible grâce à des contrôleurs chargés de faire respecter une distance entre les passagers en n’utilisant qu’un siège sur deux ou en ne laissant monter qu’un nombre limité de personnes à bord des rames de métro, bus ou trains.

GB: les précédentes allocutions d’Elisabeth II

La reine Elisabeth II, qui s’est exprimée dimanche soir lors d’une allocution télévisée exceptionnelle à propos de la crise du nouveau coronavirus, s’est très rarement adonnée à cet exercice durant son règne.

Voici les précédents, hors allocutions de Noël:

– 1991: guerre du Golfe –

Le 24 février 1991, la reine s’adresse aux Britanniques à la mi-journée, sur toutes les radios et télévisions, pour la première fois en temps de guerre, afin d’évoquer la « fierté de la Grande-Bretagne en ses forces combattant dans le Golfe ».

« Au moment où, avec nos alliés, elles (nos forces) sont confrontées à un défi nouveau et plus difficile, je souhaite que nous puissions unir nos prières pour que leur succès soit aussi rapide qu’il est certain, et qu’il soit obtenu avec aussi peu de pertes en vies humaines et de souffrances que possible », dit-elle, souhaitant « que leur courage soit alors récompensé par une paix juste et durable ».

– 1997: hommage à Diana –

Le 5 septembre 1997, un jour avant les funérailles de la princesse Diana décédée dans un accident à Paris, la reine lui rend un hommage appuyé à la télévision dans une allocution en direct depuis le palais de Buckingham.

Cette intervention avait été annoncée la veille, après une virulente campagne de presse lui reprochant de ne pas s’associer à la douleur de ses sujets.

« Je veux rendre hommage à Diana elle-même. C’était un être humain exceptionnel et talentueux. Dans les bons comme dans les mauvais moments, elle n’a jamais perdu sa capacité à rire et à sourire, ni celle à insuffler aux autres sa chaleur et sa gentillesse », dit-elle notamment à propos de la « princesse du peuple », avec qui ses relations étaient notoirement difficiles.

– 2002: le décès de la reine-mère –

Le 8 avril 2002, la reine Elisabeth II se dit « profondément touchée » par l’hommage rendu à la reine-mère, décédée le 30 mars, par les dizaines de milliers de Britanniques qui ont défilé devant son cercueil depuis plusieurs jours.

Dans un message enregistré au château de Windsor (ouest de Londres), retransmis en début de soirée par les télévisions et les radios, elle remercie ses sujets pour leur soutien.

« Depuis que ma chère mère est décédée il y a plus d’une semaine, j’ai été profondément touchée par le débordement d’affection qui a accompagné sa mort », explique la reine, vêtue de noir.

« Je vous remercie également de tout mon coeur pour l’amour que vous lui avez porté pendant sa vie et pour l’honneur que vous lui faites aujourd’hui dans la mort », ajoute-t-elle.

– 2012: jubilé de diamant –

Le 5 juin 2012, la reine s’exprime dans un message pré-enregistré, à la télévision et à la radio, au terme de quatre jours de festivités, pour témoigner de sa « profonde » émotion face à l’immense élan populaire suscité par les cérémonies de son jubilé de diamant.

« Je me suis sentie humble face aux événements auxquels j’ai assistés à l’occasion de mon jubilé de diamant (60 ans de règne, NDLR). Cela m’a profondément émue de voir ces milliers de familles, voisins et amis faire la fête dans cet esprit de liesse », déclare-t-elle.

En robe bleu pâle, elle s’exprime depuis une pièce du palais de Buckingham, avec en arrière-plan un portrait officiel du prince William, deuxième dans l’ordre de succession, avec son épouse Kate.

Didier Raoult, le « pêcheur de microbes » à l’assaut du Covid-19

Spécialiste des maladies infectieuses, qui se dit « pêcheur de microbes » depuis plus de 30 ans à Marseille, le professeur Didier Raoult a défendu jeudi devant Emmanuel Macron son pari controversé de lutter contre le Covid-19 avec la chloroquine.

Derrière son apparence de druide fantasque, ce fils de médecin militaire né en 1952 à Dakar (Sénégal) est l’un des experts mondiaux des maladies infectieuses et tropicales, à la tête de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, dans la deuxième ville de France.

Depuis le début de l’épidémie et des polémiques entourant la chloroquine, il s’amuse de ceux qui s’échinent à battre en brèche ses travaux. « De petits marquis parisiens », balaie d’un revers de main celui qui a préféré délaisser son fauteuil au sein du conseil scientifique Covid-19 chargé de conseiller le gouvernement.

Fin février, via une vidéo provocatrice, il annonce la « fin de partie » contre le nouveau coronavirus parti de Wuhan en Chine : associée à l’azithromycine, un antibiotique, l’hydroxychloroquine, un dérivé synthétique de la quinine prescrit depuis plusieurs décennies contre le paludisme, serait l’arme fatale pour inhiber le virus en quelques jours.

Trop facile pour être vrai ? Dans une de ses premières communications, Didier Raoult affirme que sur 24 patients traités à l’IHU Méditerranée Infection avec de l’hydroxychloroquine, 75% présentaient une charge virale négative au bout de six jours. Mais les critiques affluent, dénonçant le manque de rigueur dans ces études et le très faible nombre de patients concernés.

Pendant 48 heures, une vidéo virale l’accuse même de diffuser des fake news. Mais le professeur ne baisse pas la tête : « Elle a été vue 450.000 fois sur Facebook, ça m’a fait une publicité considérable, qu’ils continuent à dire des horreurs comme ça », se gaussait-il mi-mars.

– Collectionneur de virus –

L’intervention du président américain Donald Trump, le 19 mars, en soutien de ce traitement à la chloroquine, alimente définitivement la polémique. Même si la Food and Drug Administration (FDA), l’organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux Etats-Unis, tempère aussitôt l’enthousiasme présidentiel.

Et jeudi, c’est le président Emmanuel Macron, multipliant les consultations avant une prochaine allocution, qui est venu lui rendre visite dans son IHU, après avoir rencontré dans la matinée des chercheurs du Kremlin-Bicêtre.

Collectionneur de bactéries et de virus – il en a plus de 3.000 parmi les plus dangereux au monde – dans ses locaux de Marseille, au coeur de l’hôpital de la Timone, le Pr Didier Raoult s’était déjà fait remarquer par ses découvertes.

Spécialiste mondial des Rickettsies, ces bactéries intracellulaires à l’origine notamment du typhus, il a aussi décrypté le génome de la bactérie à l’origine de la maladie de Whipple, près d’un siècle après l’apparition de cette pathologie.

Dans ses laboratoires, il a multiplié les trouvailles. Comme Mimivirus, ce virus géant qu’il identifie en 1992 et baptise en l’honneur de « Mimi l’amibe », ce héros inventé par son père quand celui-ci lui racontait des histoires pour lui expliquer l’évolution. Puis c’est Spoutnik qu’il repère, grâce à Mimivirus : ce virus nain est exceptionnel car virophage, capable d’infecter un autre virus pour prospérer.

Avec ses équipes, il identifie des dizaines de nouvelles bactéries pathogènes, dont deux portent son nom aujourd’hui : Raoultella planticola et Rickettsia raoultii.

Pionnier de la paléomicrobiologie, Didier Raoult est d’abord un chercheur. Mais aussi un bâtisseur : c’est lui qui a proposé au ministre de la Santé Jean-François Mattei, au début des années 2000, de créer sept « infectiopôles », « des forteresses à la Vauban » contre les maladies infectieuses.

Dix ans plus tard, six IHU sont créés en France, chacun sur un thème différent : Imagine à Paris, sur les maladies génétiques ou Méditerranée Infection, à Marseille, qu’il dirige depuis 2011.

Arrivé à Marseille à l’âge de neuf ans avec ses parents, de retour d’Afrique, Didier Raoult est parti bourlinguer sur un navire de la marine marchande, à 18 ans. Il a passé son bac littéraire à 20 ans, en candidat libre, avant de faire médecine. Aujourd’hui marié à une psychiatre et père de deux enfants, il s’est fait un nom à force de travail et de prises de position tonitruantes, comme quand il a dénoncé l’interdiction du voile à l’université, en 2016. Ou quand il a exprimé ses doutes face au réchauffement climatique et à ces modèles mathématiques catastrophistes qui ne seraient qu’une forme moderne de « divination ».

Jacques Calvet, le patron médiatique qui a sauvé PSA de la faillite

Jacques Calvet, décédé jeudi à l’âge de 88 ans, a dirigé le constructeur automobile PSA (Peugeot, Citroën) durant 14 ans, sauvant le groupe de la faillite dans les annés 1980 au prix de dures restructurations qui ont forgé sa notoriété.

En 1985, Jacques Calvet, homme au caractère entier, réputé inflexible, est une star des médias. Arrivé à la tête de Peugeot et Citroën trois ans plus tôt, il a sauvé un pilier de l’industrie française que beaucoup pensaient condamnés, grâce à des voitures emblématiques.

Du côté de la marque au lion, la citadine 205 et bientôt la berline 405 sont des succès retentissants. Le logo aux chevrons renaît avec la BX.

Ce diplômé de l’ENA, où il a côtoyé Jacques Chirac, devenu son ami, et Michel Rocard qu’il tutoie, est alors l’un des patrons les plus médiatiques du pays. Il est un des rares hommes d’affaires à être invité sur les plateaux des grandes émissions télévisées. Il aura même droit à sa marionnette dans l’émission des Guignols de Canal Plus.

L’homme qui a commencé sa carrière comme auditeur à la Cour des comptes en 1957 puis, deux ans plus tard, au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing, alors secrétaire d’État aux Finances, est aussi un haut fonctionnaire et un politique qui a bataillé contre la gauche au pouvoir en France à partir de 1981.

Directeur général, puis PDG de la banque BNP à partir de 1979, après avoir quitté l’administration au moment de l’élection de Giscard d’Estaing comme président de la République, il est évincé en février 1982 par la gauche qui nationalise l’établissement financier.

Il est appelé par la famille Peugeot et arrive à la tête du constructeur au moment où celui-ci traverse la plus grave crise de son histoire.

Son passage se résume simplement, souligne Jean-Louis Loubet, historien et spécialiste de l’automobile: en 1982, le groupe a 30,5 milliards de francs de dettes, lorsque Jacques Calvet le quitte en 1997, elles ont été divisés par près de dix et PSA s’est imposé comme l’un des grands acteurs du marché européen.

« Il réussit à restructurer avec une politique efficace avant tout financière », résume M. Loubet.

– Adversaire des socialistes –

La potion est amère, tant pour la famille Peugeot qui voit son contrôle dilué après trois augmentations de capital, que pour les salariés, dont il réduira le nombre de plus de moitié, au terme de fermetures de sites accompagnées de grèves dures.

Il échoue cependant à faire de PSA le numéro un en Europe et laisse filer chez Renault un projet du constructeur Matra qui donnera naissance à l’Espace, un modèle qui fera pendant de longues années le bonheur de la marque au losange.

L’homme ne fait pas l’unanimité. Il est vu comme quelqu’un d’intransigeant. Roland Peugeot, alors président du conseil de surveillance, le décrit comme n’étant « pas souple de nature ».

Dans le sauvetage de PSA, il affronte le gouvernement socialiste de l’époque. « Vous êtes mon plus dangereux adversaire », lui glisse le président François Mitterrand.

Il se heurte aussi aux syndicats, notamment pendant les grèves de 1989 pour des augmentations de salaires. La publication de sa rémunération par Le Canard Enchaîné en pleine paralysie des usines n’arrange pas les choses.

« C’est bizarre, ce besoin de toujours gouverner avec la haine », dira de lui Raymond Lévy, alors PDG de Renault.

Dans les années 1990, il se lance dans une croisade politique contre la monnaie unique européenne. En 1995, celui qui se revendique conservateur évoque même la possibilité de se présenter pour devenir président de la République. Souvent tenté par la politique, il n’aura finalement jamais franchi le pas, ce qu’il regrettera plus tard.

Son engagement politique, assorti de propos très clivants contre les technocrates de Bruxelles, auront tout de même poussé la famille Peugeot à prendre ses distances et à bloquer son accession au conseil de surveillance du groupe en 1997.

« L’homme a trois facettes, à défaut d’avoir eu trois carrières: haut fonctionnaire, patron et homme politique », résume M. Loubet.

Issu d’une famille intellectuelle parisienne et protestante -son père normalien enseignait la philosophie au lycée Henri IV-, Jacques Calvet a eu trois enfants avec son épouse Françoise.

Le difficile comptage des morts du coronavirus

Le comptage quotidien des victimes du Covid-19, dont le nombre officiel a dépassé les 100.000 morts, est un exercice délicat, le recueil des données en temps réel n’étant que parcellaire et les méthodes variables selon les pays.

Lieu du décès, façon d’identifier les causes de la mort, délais différents de remontée des informations: plusieurs éléments peuvent avoir de l’impact sur ces décomptes, forcément sous-évalués mais essentiels pour surveiller l’évolution de la pandémie.

Il s’agit d’un vrai « défi statistique », souligne ainsi l’institut français des études démographiques, l’Ined.

– Hôpitaux et maisons de retraite –

Si l’Espagne et la Corée du Sud comptabilisent tous les décès de personnes testées positives au Covid-19, que ce soit à l’hôpital ou en-dehors, ce n’est pas le cas de tous les pays. Les chiffres iraniens, par exemple, ne semblent inclure que des décès à l’hôpital.

Jusqu’à récemment, les décès en maison de retraite ne figuraient pas non plus dans les chiffres officiels français et britanniques. Ils sont pourtant loin d’être marginaux, puisqu’ils représentent aujourd’hui plus du tiers du bilan en France.

Aux Etats-Unis, les décès pris en compte varient d’un Etat à l’autre: l’Etat de New York inclut les maisons de retraite, la Californie non.

Même en Italie, qui affiche officiellement le bilan le plus lourd dans le monde (plus de 18.000 morts), les décès en maison de retraite ne sont pas tous recensés. Si un gros foyer épidémique est détecté dans un établissement, des tests sont réalisés et les décès comptabilisés, mais si un établissement est moins touché, il est vraisemblable que ce ne sera pas le cas, explique la Protection civile.

– Covid-19 ou une autre maladie ? –

Si certains pays, comme la Corée du Sud, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, incluent dans leurs chiffres toutes les personnes ayant été testées positives au coronavirus, même celles décédées des complications d’une maladie préexistante, d’autres pays sont plus sélectifs.

En Iran, sont exclus des bilans les patients testés positifs mais décédant d’une autre « maladie respiratoire grave ».

Aux Etats-Unis se multiplient des témoignages de personnes dont les proches sont morts, officiellement de pneumonie, avant que les tests ne soient disponibles ou à un moment où ils étaient difficiles à obtenir.

– Manque de tests et délais –

Pendant une épidémie, « la remontée et le traitement des informations, même accélérés, se font avec quelques jours de décalage et ne couvrent pas tous les décès. Il faut plusieurs semaines ou plusieurs mois pour pouvoir décompter précisément tous les morts », estiment Gilles Pison et France Meslé, démographes à l’Ined, sur le site The Conversation.

Aux Etats-Unis, même en l’absence de test, les certificats de décès doivent mentionner si le Covid-19 est la cause « probable » de la mort, mais ces certificats mettent du temps à remonter et ne peuvent être pris en compte pour les bilans en temps réel.

En Espagne, les registres d’état-civil et le nombre d’enterrements font apparaître une surmortalité bien supérieure à celle qui devrait découler du bilan officiel du Covid-19.

Par manque de tests, l’Espagne réalise très peu de dépistages post-mortem. Ainsi, si une personne n’a pas été dépistée avant de mourir, elle n’est pas comptabilisée par les autorités sanitaires. Les données judiciaires, moins restrictives, laissent entrevoir un bilan bien supérieur: par exemple, le tribunal supérieur de Castille-La Manche a enregistré en mars 1.921 actes de décès « dont la cause est due au Covid ou à une suspicion de Covid », soit près de trois fois plus que les 708 morts (positifs au Covid-19) recensés au 31 mars par les autorités sanitaires.

Autre illustration: à Bergame, en Lombardie, ont été recensés, au cours de la première quinzaine de mars, 108 morts de plus (+193%) qu’un an plus tôt… mais seulement 31 décès liés au Covid-19.

– Chine et Iran accusées de mentir –

Parfois, la sincérité même des chiffres publiés est remise en cause.

En Iran, les bilans officiels ont été contestés, notamment au début de l’épidémie, par des responsables provinciaux et des parlementaires. Même l’agence officielle Irna a parfois diffusé des chiffres plus élevés que ceux des autorités, bilans ensuite démentis par le gouvernement. A l’extérieur du pays, Washington, notamment, a reproché à Téhéran de maquiller ses chiffres.

Concernant la Chine, berceau de l’épidémie, un rapport confidentiel des renseignements américains, cité par l’agence Bloomberg, a accusé Pékin d’avoir intentionnellement sous-évalué son bilan. Ses chiffres ont également été mis en doute par plusieurs responsables iraniens, mais le porte-parole du ministère de la Santé a été contraint à corriger ses propos après avoir qualifié le bilan chinois de « plaisanterie de mauvais goût ».

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