Equateur: cadavres égarés, la tragédie continue après la mort à Guayaquil

Darwin Castillo a littéralement perdu son père dans le chaos du Covid-19 à Guayaquil, une des villes les plus affectées d’Amérique latine. Il est allé en récupérer le corps dans une morgue bondée. Mais le sac mortuaire en contenait un autre.

Plus de deux semaines ont passé. Cet ouvrier de 31 ans ne sait toujours pas où se trouve le cadavre, dans cette ville de la côte Pacifique, épicentre de la pandémie en Equateur. Il a fini par rapporter le cercueil au funérarium.

« Je ne rejette pas la faute sur la morgue ou l’hôpital – il y avait des gens qui mourait dans l’entrée. Je voudrais juste retrouver mon père et lui offrir une sépulture chrétienne, donner un bouquet de roses à mon vieux », a-t-il expliqué à l’AFP.

La frustration se mêle au chagrin. Manuel, son père âgé de 76 ans, était sous dialyse et l’obstruction d’un cathéter a causé sa mort le 31 mars.

Deux jours après, il est allé chercher le corps aux Ceibos, le plus grand hôpital de Guayaquil, où sont regroupés les malades du nouveau coronavirus.

L’Equateur compte plus de 8.000 cas confirmés, dont 400 morts, depuis le 29 février, et au moins 70% dans la province de Guayas, dont le port de Guayaquil est le chef-lieu.

– Un conteneur de cadavres –

Darwin Castillo admet avoir soudoyé un employé de la morgue, avec 150 dollars, pour récupérer son père parmi les 170 cadavres qu’il y avait là, sans compter la cinquantaine d’autres entreposés dans un conteneur frigorifique.

Lorsque le sac mortuaire lui a été remis, il l’a ouvert pour vérifier. Mais il contenait le corps d’un autre, « un homme moustachu avec des vêtements différents ».

« Ce monsieur avait le bracelet d’admission de l’hôpital et il était marqué Rodriguez », se souvient-il. Il lui a lors été proposé de chercher lui-même parmi les morts, dont des victimes du Covid-19.

« S’il n’y avait pas ce problème, j’aurais passé un mort après l’autre pour trouver mon père. Mais je me serais exposé. » Par crainte de la contagion, il a renoncé.

Le chaos hospitalier et funéraire causé par l’épidémie, et aggravé par un couvre-feu de 15 heures, a abouti à ce que des centaines de cadavres attendent plusieurs jours dans les hôpitaux, des logements et jusque dans la rue.

– Localiser les morts enterrés –

Le gouvernement, dont une force spéciale a retiré près de 1.400 corps ces dernières semaines à Guayaquil, indique sur une page web où ils ont été enterrés. Deux cimetières ont été agrandis à cette fin.

Darwin y a cherché son père, en vain.

Il y a d’autres familles dans la même situation. Certaines s’organisent pour déposer plainte contre l’Etat.

« On ne comprend pas comment les services funéraires n’ont pu rendre le cadavre, ou l’ont perdu, ou l’ont confondu », a déclaré à l’AFP leur avocat, Hector Vanegas, par ailleurs conseiller municipal de Guayaquil.

« Les proches disent que les morts leur parviennent sous une autre identité, ou des hommes à la place de femmes », ajoute-t-il, soulignant que « la famille a le droit de connaître le sort de son parent décédé ».

Me Vanegas est en train d’établir une liste des personnes concernées et a déjà reçu 190 appels téléphoniques, certains non fondés.

Moisés Valle, 37 ans, a aussi perdu son père, décédé d’un infarctus à l’hôpital Teodoro Maldonado Carbo. Alors que cet employé de pharmacie faisait les démarches pour récupérer le corps, il a appris qu’il avait été entreposé dans le conteneur d’un autre établissement.

– Des corps putréfiés –

« Depuis, c’est un calvaire (…) le nom de mon père n’apparaît pas sur la page web », déplore-t-il. Tout était prêt pour l’enterrement qu’il a dû annulé.

Dayana, qui tait son nom de peur de représailles, travaille pour une entreprise funéraire. Les derniers jours de mars ont été exténuants et traumatisants.

« Je rentrais chez moi morte de fatigue, pleurant de tout ce que je voyais… les cadavres pourrissant, remplis de vers », dit-elle.

Elle allait à l’hôpital avec quatre cercueils à la fois. Mais cela ne suffisait jamais. Les appels à l’aide des familles retentissent encore dans sa tête.

« J’ai besoin d’un psychologue et j’en ai besoin vite de voir tant d’horreur », ajoute cette jeune femme de 29 ans, qui fait en outre état de « beaucoup de corps non identifiés » et d’autres remis sans qu’aucun document soit signé.

Et les familles endeuillées ressentent ce vide de ne pas savoir où sont leurs morts.

Coronavirus: le point sur la pandémie dans le monde

Nouveaux bilans, nouvelles mesures, faits marquants: un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19, qui a contaminé plus de 2 millions de personnes dans le monde.

– Près de 93.000 morts en Europe –

Plus de 2.135.410 cas du nouveau coronavirus ont été officiellement déclarés dans le monde, dont au mois 141.127 décès, selon un comptage AFP jeudi à 19H00 GMT à partir de sources officielles.

Les Etats-Unis paient le plus lourd tribut, avec 31.590 décès.

Suivent l’Italie (avec 22.170 morts), l’Espagne (19.130), la France (17.920) et le Royaume-Uni (13.729).

La Belgique, qui revendique une « transparence maximale » sur la situation dans les maisons de retraite, affiche une des plus fortes mortalités en Europe (4.857 décès pour une population de 11,5 millions d’habitants).

– Brésil : ministre limogé –

Le populaire ministre de la Santé du Brésil, Luiz Henrique Mandetta, a annoncé sur Twitter qu’il avait été limogé par le président Jair Bolsonaro, avec qui il avait de profondes divergences sur la lutte contre la pandémie de coronavirus.

– Déconfinements progressifs –

La Suisse a annoncé un déconfinement « lent » et « progressif » à compter du 27 avril, tandis que l’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, écoles et lycées.

L’Afrique du Sud a autorisé la reprise partielle des activités minières.

– Plus de 4,4 milliards de confinés –

Plus de 4,4 milliards de personnes, soit près de 57% de la population mondiale, sont appelées ou contraintes par leurs autorités à rester chez elles, selon un comptage réalisé jeudi à partir d’une base de données de l’AFP. Près de 110 pays ou territoires sont concernés.

Le confinement est prolongé jusqu’au 15 mai dans l’Etat de New York (Etats-Unis) et d’au moins trois semaines au Royaume-Uni.

Le gouvernement japonais a étendu l’état d’urgence à l’ensemble de l’archipel nippon.

– Un choc pétrolier d’ampleur planétaire –

Le marché pétrolier subit « un choc historique, brutal, extrême et d’ampleur planétaire », a estimé l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qui prévoit un effondrement « historique » de la demande mondiale de pétrole en 2020.

– Enquête sur l’origine du Covid-19 –

Les Etats-Unis ont lancé une « enquête exhaustive » pour faire la lumière sur l’origine du Covid-19, disant ne pas exclure que le virus provienne d’un laboratoire de Wuhan (centre de la Chine).

– « Zones d’ombre » en Chine –

Le président français Emmanuel Macron a estimé dans un entretien au Financial Times qu’il existait des zones d’ombre dans la gestion de l’épidémie de coronavirus par la Chine, alors que le Royaume-Uni a averti la Chine qu’elle devrait répondre à des « questions difficiles » sur la gestion du virus.

– Appel à la rescousse financière –

Le maire de New York a lancé un appel à l’aide à Donald Trump, enjoignant le président américain de débloquer des milliards de dollars pour aider la capitale financière américaine à surmonter la crise.

– Le G7 se coordonne –

Les dirigeants du G7 se sont engagés à travailler ensemble à la réouverture de leurs économies.

L’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a appelé à renforcer l’aide publique aux pays en développement les plus touchés par l’épidémie.

– Décès de Luis Sepulveda –

L’écrivain chilien engagé Luis Sepulveda, 70 ans, auteur du best-seller « Le vieux qui lisait des romans d’amour », est décédé en Espagne du Covid-19.

– Traçage et port du masque –

La Norvège, un des premiers pays d’Europe à alléger les mesures de confinement, a lancé une nouvelle application mobile de traçage.

Les Polonais sont désormais obligés de se couvrir le nez et la bouche dans l’espace public, avec un masque ou un foulard.

burs-fm/ber/mba

Coronavirus: sous le feu des critiques, la Chine révise ses bilans et appelle à l’unité

La Chine a révisé vendredi à la hausse le nombre de ses victimes du coronavirus et appelé à l’unité internationale, après des accusations nourries sur son manque de transparence quant à l’apparition de cette maladie qui paralyse depuis des semaines l’économie mondiale.

Depuis son apparition fin 2019 à Wuhan, la métropole du centre du pays, le coronavirus a infecté plus de 2 millions de personnes à travers le monde, conduit au confinement inédit de plus de 4,4 milliards de personnes et mis au chômage partiel ou total des dizaines de millions d’entre elles, dont 22 millions rien qu’aux Etats-Unis.

Alors que les conditions de sortie de cette crise sanitaire semblent incertaines, le président français Emmanuel Macron a mis en cause Pékin jeudi, emboîtant le pas aux dirigeants américains.

Il y a « manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas », a-t-il déclaré au quotidien britannique Financial Times, mettant aussi en doute le bilan affiché par la Chine en termes de victimes.

A Londres, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a aussi déclaré que Pékin devrait répondre à des « questions difficiles concernant l’apparition du virus et pourquoi il n’a pas pu être stoppé plus tôt ».

Face à ces critiques, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a estimé vendredi « impératif que tous les pays s’unissent pour combattre l’épidémie » et démenti toute « dissimulation » dans le bilan chinois des victimes.

Un peu plus tôt, la mairie de Wuhan avait créé la surprise en révisant à la hausse le nombre de décès intervenus sur son territoire, annonçant 1.290 morts supplémentaires tout en expliquant leur non comptabilisation initiale par le fait qu’ils étaient décédés chez eux et non à l’hôpital.

Ce nouveau décompte porte à 4.632 le bilan des décès enregistré dans le pays le plus peuplé du monde.

– Échappé d’un laboratoire ? –

Le nouveau coronavirus est soupçonné d’être apparu dans un marché en plein air de Wuhan où des animaux exotiques étaient vendus vivants. D’origine animale et proche d’un virus présent chez des chauves-souris, il aurait pu s’y transmettre à l’Homme et muter.

Mais des médias américains ont ouvert une autre piste. Selon le Washington Post, l’ambassade des Etats-Unis à Pékin avait alerté Washington il y a deux ans sur les mesures de sécurité insuffisantes dans un laboratoire local qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris.

Et d’après Fox News, le coronavirus actuel émanerait de ce laboratoire, même s’il s’agirait bien d’un virus naturel – et non un agent pathogène créé par les Chinois – et que sa « fuite » serait involontaire.

L’économie mondiale continue de subir de plein fouet les conséquences du confinement décrété un peu partout pour tenter d’enrayer la progression du virus.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a estimé jeudi que le marché pétrolier subissait « un choc historique, brutal, extrême et d’ampleur planétaire ».

Les chiffres de la croissance chinoise publiés vendredi montrent un PIB en recul de 6,8% sur un an au 1er trimestre, du jamais vu depuis l’établissement des statistiques trimestrielles au début des années 1990.

Aux Etats-Unis, où des pans entiers de l’économie sont en sommeil, le président Donald Trump a présenté jeudi un plan pour faire « redémarrer l’Amérique ».

Il a estimé que les Etats « en bonne santé » pouvaient redémarrer « littéralement dès demain », avant l’échéance du 1er mai un temps évoquée, mentionnant le Montana, le Wyoming ou le Dakota du Nord, relativement épargnés.

En Europe, le marché automobile s’est effondré de 55,1% en mars. Celui du mariage ne se portait pas mieux. « 80 à 85% des mariages sont célébrés entre mars et septembre: ça ne pouvait pas tomber plus mal », grince le fondateur du Salon du mariage en France, Stéphane Seban.

A Hollywood, c’est un autre secteur d’activité qui souffre. Depuis que les stars restent cloîtrées, les paparazzis d’Hollywood n’ont plus le moral, ni beaucoup d’activité. « Toutes les photos en ce moment, c’est avec des lunettes de soleil et un masque sur le visage… On ne peut guère espérer mieux », regrette Randy Bauer, fondateur de la célèbre agence photo Bauer-Griffin.

Les dirigeants du G7 se sont engagés jeudi à travailler ensemble à la réouverture de leurs économies alors que du côté européen, les autorités avancent vers le déconfinement en ordre dispersé.

Le Danemark a rouvert ses écoles mercredi, l’Autriche et l’Italie certains de leurs magasins non essentiels et la Suisse a annoncé un déconfinement « lent » et « progressif » à compter du 27 avril.

L’Allemagne compte rouvrir prochainement certains magasins et, à partir du 4 mai, écoles et lycées. Selon son ministre de la Santé Jens Spahn vendredi, l’épidémie y est désormais « sous contrôle et gérable » avec un taux d’infection inférieur à 1.

Mais la pandémie est loin d’être jugulée en Europe, a averti l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en notant des « chiffres constants ou accrus » dans l’est du continent et au Royaume-Uni où le gouvernement a décidé jeudi de prolonger le confinement « pour au moins trois semaines ».

– Distribution de masques –

Au Japon, le gouvernement a étendu jeudi l’état d’urgence à l’ensemble de l’archipel où la pandémie est en phase d’accélération.

La poste japonaise a débuté vendredi la distribution des deux masques réutilisables par foyer, en commençant par Tokyo.

« Je pense que cela ne fera pas de mal car on peut les laver et les réutiliser et cela peut bloquer les gouttelettes quand vous toussez », a dit à l’AFP Yohei Ono, 26 ans.

Plus de 2.135.410 cas du nouveau coronavirus ont été officiellement déclarés dans le monde, dont au moins 141.127 décès, selon un comptage AFP jeudi à 19H00 GMT.

Les Etats-Unis paient le plus lourd tribut, avec près de 33.000 décès pour 667.800 cas. Suivent l’Italie (22.170 morts), l’Espagne (19.130), la France (17.920) et le Royaume-Uni (13.729).

L’Amérique latine n’est pas épargnée.

Darwin Castillo, ouvrier équatorien de 31 ans, a littéralement perdu son père dans le chaos du Covid-19 à Guayaquil, une des villes les plus affectées d’Amérique latine: il est allé récupérer son corps dans une morgue bondée. Mais le sac mortuaire contenait une autre victime.

« Je ne rejette pas la faute sur la morgue ou l’hôpital – il y avait des gens qui mouraient dans l’entrée. Je voudrais juste retrouver mon père et lui offrir une sépulture chrétienne, lui donner un bouquet de roses », a-t-il expliqué à l’AFP.

burs-oaa/jhd

Les principales étapes de l’affaire Karachi

Voici les principales étapes de la tentaculaire affaire Karachi, dans laquelle l’ancien Premier ministre Edouard Balladur va être jugé pour financement présumé occulte de sa campagne présidentielle de 1995.

– 1994-95: contrats et commissions –

En 1994, plusieurs gros contrats d’armement sont conclus par le gouvernement d’Edouard Balladur: trois sous-marins sont vendus au Pakistan pour environ 830 millions d’euros et deux frégates à l’Arabie saoudite pour 3 milliards d’euros.

Elu président de la République en 1995, Jacques Chirac fait stopper un an plus tard les versements de commissions à des responsables locaux, légales jusqu’en 2000, en raison de soupçons de rétrocommissions en France qui, elles, sont illégales.

– 2002: l’attentat –

Le 8 mai 2002, un attentat fait 15 morts à Karachi (sud du Pakistan), dont 11 salariés français de la Direction des constructions navales (DCN) travaillant à la construction d’un sous-marin.

En septembre et novembre, des notes rédigées par un ancien de la DST, les « rapports » Nautilus, évoquent la thèse d’un attentat ourdi en rétorsion à la décision de Jacques Chirac d’arrêter le versement de commissions.

– 2009-10: la piste des représailles –

Après avoir privilégié la piste islamiste, l’enquête antiterroriste du juge Marc Trevidic s’oriente en 2009 vers l’hypothèse de représailles pakistanaises après l’arrêt des versements de commissions.

Des juges d’instruction sont chargés d’enquêter sur le volet financier de l’affaire, après une plainte pour corruption des familles de victimes en 2010.

– 2011-12: mises en examen –

En 2011 et 2012, l’intermédiaire Ziad Takieddine et Thierry Gaubert, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, sont mis en examen. Ils sont soupçonnés d’avoir, dans les années 1990, rapporté de l’étranger des valises d’argent remises à Nicolas Bazire, directeur de campagne d’Edouard Balladur.

Nicolas Bazire, Renaud Donnedieu de Vabres, ex-conseiller de François Léotard au ministère de la Défense, Dominique Castellan, ex-dirigeant de la Direction des constructions navales, ainsi que l’intermédiaire Abdul Rahman El Assir, sont également mis en examen.

– 2013-16: Balladur et Léotard en cause –

En juin 2013, Ziad Takieddine déclare aux juges avoir œuvré au financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, à la demande de MM. Bazire et Gaubert.

En février 2014, les juges d’instruction souhaitent que la Cour de Justice de la République (CJR), seule compétente pour examiner le cas des ministres, enquête sur MM. Balladur et Léotard.

Le 12 juin, MM. Takieddine, Gaubert, Donnedieu de Vabres et El Assir sont renvoyés en correctionnelle, ainsi que MM. Castellan et Bazire qui font appel.

– 2017: accélération –

Après plusieurs décisions de justice, la cour d’appel de Lyon confirme le 20 janvier 2017 le renvoi en correctionnelle des six prévenus. Leur pourvoi est rejeté peu après.

Le 29 mai, Edouard Balladur est mis en examen par la CJR. Le 4 juillet François Léotard, ministre de la Défense en 1993-1995, l’est à son tour.

– 2019 : premier procès –

En octobre 2019 a lieu le premier procès du volet financier. Des peines allant de 18 mois à sept ans de prison ferme sont requises à l’encontre de MM. Takieddine, Bazire, Gaubert, Donnedieu de Vabres, El Assir et Castellan, pour abus de biens sociaux, recel ou complicité. Le jugement est fixé au 22 avril 2020.

Le 30 septembre 2019, la CJR a de son côté décidé de juger MM. Balladur et Léotard pour « complicité d’abus de biens sociaux » et, pour l’ancien Premier ministre, recel de ces délits.

Le 13 mars, la Cour de cassation rejette les pourvois déposés par Edouard Balladur, confirmant ainsi la tenue d’un procès.

Coronavirus: quels remboursements de voyage en cas de fermeture de frontière ?

L’annonce surprise par Donald Trump d’une suspension pour trente jours de l’entrée aux Etats-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe va se traduire par d’importantes annulations de voyages.

Cette mesure vient s’ajouter à celles prises par de nombreux autres pays vers lesquels les possibilités de voyages sont limitées. Les voyageurs peuvent-ils espérer être remboursés ?

Côté assurances, rien n’est moins sûr, ce type d’annulation étant généralement hors des garanties.  Reste à se tourner vers les voyagistes et les compagnies aériennes. Il faut distinguer de multiples cas de figure.

Avec une assurance annulation voyage

En principe, l’assurance voyage ne couvre généralement pas ce type d’annulation. Elle protège le voyageur seulement « contre un risque qu’il aurait lui-même de ne pouvoir voyager à la suite d’un décès, d’un accident, d’un problème de santé… », précise à l’AFP l’assureur Allianz.

Dans le cas où le pays a décidé d’interdire les voyages depuis l’Europe ou la France, les voyageurs « doivent contacter la compagnie aérienne ou l’agence de voyage auprès de laquelle ils avaient acheté leur billet d’avion qui leur apportera toutes les précisions nécessaires », ajoute Allianz.

Les garanties de la carte de paiement

Là encore, la décision d’un pays de fermer ses frontières ne permet pas au voyageur de faire jouer les garanties adossées à leurs cartes de paiement.

« Les assurances des cartes Visa ne couvrent pas les annulations et modifications de voyages pour cette raison. Si un porteur de carte souhaite annuler ou modifier son itinéraire, il doit contacter les professionnels du voyage (compagnies aériennes, hôtel, etc.) auprès desquels il a effectué sa réservation pour se renseigner sur les conditions de modification ou d’annulation », a répondu par écrit à l’AFP  le géant américain des services de paiement Visa.

De son coté, le groupe Mastercard, l’autre grand fournisseur mondial de cartes de paiement, renvoie les voyageurs au contrat qu’ils ont signé auprès de leur banque.

« On demande aux banques de mettre une assurance annulation voyage en place notamment en cas d’accident grave de voyageur, en cas de maladies soudaines, après il y a un certain nombre d’exclusions qui vont varier un peu en fonction du contrat souscrit par la banque auprès de son assureur », a expliqué à l’AFP un porte-parole de Mastercard.

Le cas des voyages « à forfait »

Le voyage à forfait est caractérisé par l’achat chez un professionnel du tourisme d’au minimum deux services de voyage (transport, hébergement…).

Dans ce cas, deux cas de figure se profilent, celui d’une annulation en raison de circonstances exceptionnelles et inévitables, et celui d’une annulation sans circonstances exceptionnelles et inévitables.

Il reviendra à la justice de dire si la survenue du coronavirus COVID-19 est une circonstance exceptionnelle et inévitable. Dans l’affirmative, le voyageur aura droit à un remboursement intégral par le professionnel du tourisme, souligne la FFA.

Cette annulation et ce remboursement peuvent être à l’initiative du professionnel du tourisme comme du voyageur. Le remboursement est alors réalisé sur le prix de l’ensemble du forfait.

Dans le cas d’une annulation sans circonstances exceptionnelles et inévitables à l’initiative du voyageur, celui-ci peut demander l’annulation du voyage à forfait.

Le vendeur du voyage à forfait rembourse alors le voyage en soustrayant au préalable des frais de dossiers appropriés et justifiables.

Si l’annulation est à l’initiative du transporteur aérien, le voyageur a droit au remboursement du prix du forfait ainsi qu’à un dédommagement complémentaire.

L’annulation d’une liaison aérienne

Si l’annulation d’un voyage par avion est à l’initiative du voyageur et si le vol est maintenu par la compagnie aérienne, sauf disposition contractuelle contraire, le voyageur ne peut pas exiger le remboursement intégral du billet de transport, écrit encore la Fédération française de l’assurance sur son site.

Si l’annulation est à l’initiative du transporteur aérien, celui-ci rembourse intégralement le prix du billet d’avion sans indemnisation complémentaire lorsque l’annulation est due à une circonstance extraordinaire. Il peut également proposer de nouvelles dates de vol.

De nombreuses compagnies proposent la possibilité de reporter les voyages sans frais.

En parallèle, l’Apra, une association de défenseurs des droits des passagers, a toutefois estimé vendredi que le Covid-19 devait être considéré comme « une circonstance extraordinaire » n’ouvrant pas droit à une demande d’indemnisation des passagers en cas d’annulation pour « soutenir l’industrie du voyage » dans une crise qui « doit être qualifiée de force majeure ».

Etats-Unis: les plus gros perdants de la déroute boursière liée au coronavirus

La panique a gagné cette semaine les marchés financiers à travers le globe, Wall Street connaissant jeudi sa pire séance depuis le krach boursier d’octobre 1987.

Même s’il y a eu un spectaculaire rebond lors de la séance de vendredi, une dizaine de milliers de milliards de dollars de capitalisation boursière est partie en fumée.

« On a baissé après avoir monté extrêmement lors des dix dernières années. Ca a l’air brutal mais il faut se dire que la Bourse a fait trois pas en avant et un pas en arrière », résume Gregori Volokhine, gérant de portefeuilles chez Meeschaert Financial Services.

Voici les grands perdants de la débâcle boursière:

– Les plus riches

Les milliardaires, dont les fortunes sont investies dans les marchés actions notamment dans les entreprises qu’ils dirigent ou dont ils sont les principaux actionnaires, sont ceux qui ont le plus perdu.

Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, a vu sa fortune investie dans Amazon fondre, de 117 milliards de dollars en fin de semaine dernière à 109 milliards vendredi, soit 8 milliards de dollars de moins en sept jours, d’après des chiffres en temps réel du magazine Forbes.

La fortune de Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft, est, elle passée en une semaine de 108,2 milliards de dollars à 103 milliards vendredi, en baisse de 5,3 milliards.

Le Français Bernard Arnault, troisième homme le plus riche du monde et PDG de LVMH, a perdu pour sa part 14 milliards en une semaine, à 84,6 milliards.

L’homme d’affaires Warren Buffett, « l’oracle d’Omaha », a été pénalisé par la déroute des compagnies aériennes, dont son groupe Berkshire Hathaway est un actionnaire important. Sa fortune est passée de 81,6 milliards en fin de semaine dernière à 76,3 milliards vendredi.

Mark Zuckerberg, qui complète le top 5, a vu sa richesse diminuer de 9,2 milliards de dollars à 62 milliards dans le sillage de la chute boursière de Facebook.

Toutes ces pertes sont néanmoins virtuelles car les grosses fortunes n’ont pas vendu leurs titres et pourront donc regagner l’argent perdu si les marchés se redressent.

– Les retraités, les futurs retraités et les rentiers

La panique sur les marchés a entraîné un grand nombre d’investisseurs à se réfugier dans des actifs dits sûrs comme les titres de dette, et notamment la dette américaine.

Cette ruée a provoqué la chute des rendements de ces obligations, ce qui affecte les assurances-vie classiques et les contrats d’assurance-vie à annuités variables, dont une partie de la somme investie à la souscription fructifie selon les résultats de la Bourse jusqu’à la retraite de l’assuré.

Le taux des bons du Trésor à 30 ans, la plus longue échéance, était de 1,5% vendredi.

– Les petits porteurs et épargnants

Le nombre de ménages américains possédant des actions, directement ou via des fonds, était, selon la dernière enquête de la Réserve fédérale sur le sujet, de 51,9% en 2016. C’est plus d’un Américain sur deux.

Ces actifs sont souvent contenus dans les plans d’épargne retraite 401(k).

Les investisseurs individuels vont donc avoir une mauvaise surprise lorsqu’ils vont recevoir leur prochain relevé. Ils verront sans doute que leur « fortune » virtuelle a diminué drastiquement, ce qui risque d’influencer leur comportement de consommateur. Or la consommation est le moteur de l’économie américaine.

« Ils ne vont plus acheter le dernier modèle d’iPhone qu’ils avaient prévu d’acheter et c’est là où l’impact va durer », souligne M. Volokhine.

– Fonds de pension

Leurs pertes sont aussi essentiellement virtuelles car ils ne vendent pas leurs titres et investissent sur le long terme.

La partie de leurs actifs investie dans les actions a énormément souffert, et celle mise dans les obligations rapporte moins car les rendements ont diminué.

Il y a une troisième partie des actifs, dont la performance est inconnue: l’argent confié aux hedge funds et aux sociétés de capital-investissement.

Il va falloir attendre la fin du premier trimestre pour avoir une idée claire des pertes liées à ce troisième pan car les fonds publient leurs performances trimestriellement.

– Le divertissement, les loisirs et la restauration

Si un grand nombre d’entreprises va accuser un manque à gagner ponctuel, ce ne sera pas le cas pour les industries du cinéma, du théâtre, des croisières, du voyage et de la restauration qui ne pourront pas rattraper les dépenses perdues.

Disney est ainsi un des gros perdants.

Au-delà du coronavirus, l’ibuprofène déjà suspecté d’aggraver des infections

L’ibuprofène, suspecté d’aggraver l’infection chez les malades du coronavirus, est un médicament anti-inflammatoire largement utilisé par le grand public en cas de fièvre avec douleurs, alors qu’il est pourtant accusé d’entraîner des risques de complications infectieuses graves.

L’Agence française du médicament (ANSM) a alerté l’année dernière sur les risques de ce produit, qui appartient à la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Elle s’est appuyée pour cela sur une enquête qui a montré qu’en 18 ans, de 2000 à 2018, 337 cas de « complications infectieuses », dont 32 décès, ont été répertoriés pour l’ibuprofène (et 46 cas dont dix décès avec le kétoprofène, qui est également un AINS).

C’est pour cette raison que depuis le 15 janvier, les médicaments à base d’ibuprofène (dont les plus connus sont le Nurofen ou l’Advil) ne peuvent plus être vendus en libre service dans les rayons des pharmacies françaises.

Ils sont toujours disponibles sans ordonnance, mais il faut les demander au pharmacien, qui doit les ranger derrière son comptoir.

L’enquête de l’ANSM suggérait l’existence d’un « rôle aggravant » de l’ibuprofène « en cas d’infection », en particulier de celles dues au streptocoque. L’Agence française avait alerté ses homologues européennes sur la question.

Cette enquête portait sur des cas graves survenus chez des enfants et des adultes (souvent jeunes), sans facteur de risque particulier (comme par exemple être immunodéprimé).

Selon l’enquête, les complications entraînées par ces médicaments sont des « infections sévères » à l’origine d’hospitalisations, de séquelles et de décès.

Elles touchent la peau et des tissus mous comme par exemple les « fasciites nécrosantes ». Cette infection est due à un germe (essentiellement un streptocoque) surnommé bactérie « mangeuse de chair », source d’amputations et de mort.

Il peut également s’agir de septicémie (« sepsis »), de pneumonies compliquées d’abcès, de pleurésie, d’abcès cérébraux ou encore d’infections ORL atteignant le thorax (médiastinite).

Ces complications infectieuses (essentiellement dues à deux bactéries, streptocoque ou pneumocoque) « ont été observées après de très courtes durées de traitement (2 à 3 jours), y compris lorsqu’il était associé à une antibiothérapie », selon l’ANSM.

Elles sont survenues alors que l’ibuprofène (ou le kétoprofène) était « prescrit ou pris en automédication dans la fièvre mais également dans de nombreuses autres circonstances: atteintes cutanées bénignes d’aspect inflammatoire (réaction locale, piqure d’insecte…), manifestations respiratoires (toux, infection pulmonaire…) ou ORL (difficulté à avaler, angine, otite…) ».

En raison de ces risques, de nombreux professionnels de santé réclament que les médicaments à base d’ibuprofène ne puissent plus être vendus sans ordonnance.

L’enquête de l’ANSM montrait en outre qu’on persiste à utiliser les AINS pour traiter les enfants atteints de varicelle, alors qu’ils doivent être évités au profit du paracétamol.

« En cas de douleur ou de fièvre, notamment dans un contexte d’infection courante comme une angine ou une toux », il faut « privilégier l’utilisation du paracétamol en respectant les règles de bon usage », souligne l’ANSM.

Le paracétamol (Doliprane, Efferalgan, etc.) doit en effet être pris en respectant strictement les doses, car à trop forte dose, il peut être très dangereux pour le foie.

Le grand public n’est pas toujours conscient des risques que peuvent entraîner ces médicaments, d’autant que l’information est parfois défaillante.

A titre d’exemple, dans des conseils mis en ligne pour l’isolement à domicile (ou autoconfinement) des patients possiblement infectés par le coronavirus, le NHS (système de santé britannique) recommande de prendre du paracétamol ou de l’ibuprofène, sans même faire mention des risques et des précautions d’emploi de ces médicaments.

Coronavirus: mode d’emploi d’une France qui se calfeutre

Privés de restaurant, de café au zinc, de cinéma et de voyages, les Français peuvent encore faire leurs courses au supermarché ou en pharmacie, voter, acheter leurs cigarettes et dormir à l’hôtel. Mode d’emploi d’une France qui se calfeutre face au coronavirus.

Le pays est entré au stade 3 de l’épidémie: pour ralentir sa progression, les activités jugées « non indispensables » ont été interdites.

Manger au restaurant : non. Se faire livrer un repas : oui

Les restaurants ont fermé leurs portes samedi à minuit, tout comme les bars, brasseries, cafés et discothèques, « jusqu’à nouvel ordre ». En revanche les activités de vente à emporter et de livraison sont maintenues dans les restaurants et débits de boissons, avec la recommandation d’éviter tout contact.

Voir un film ou un match, piquer une tête: non

Les cinémas sont fermés, tous les événements culturels et sportifs ont été annulés et les rassemblements publics de plus de 100 personnes ont été interdits à l’échelle nationale. Ce chiffre peut tomber à 50 dans les zones les plus touchées (Oise…). Les musées, théâtres, opéras, piscines ferment.

Rentrer de vacances : oui. Partir : non

Les transports longue distance vont être drastiquement réduits: trafic ferroviaire bientôt divisé par deux – pour les TGV et les Intercités -, à partir de mardi, et seulement « quelques vols » internationaux vers Etats-Unis, Afrique, Outre-mer et quelques vols domestiques.

La SNCF va « adapter son offre » pour permettre aux Français de rentrer de vacances: quitter les stations de ski – qui ferment – ou le Maroc – dont 12.000 touristes sont progressivement rapatriés.

Prendre les transports, un taxi ou un VTC: oui

Les transports en commun dans les agglomérations sont maintenus, avec à ce stade à Paris 80% des métros en circulation, un « trafic normal » pour les bus et tramways, ainsi que les RER A et B.

Les taxis et VTC sont maintenus.

Travailler : oui, quand télétravailler est impossible

Fortement conseillé par le gouvernement, le télétravail est possible pour « à peu près un emploi sur trois ». Les parents devant garder des enfants de moins de 16 ans et ne pouvant y recourir ont droit à un arrêt maladie. Les autres pourront se rendre à leur travail.

Faire ses courses : oui

Les supermarchés et épiceries resteront ouverts. Leur approvisionnement en produits alimentaires et de première nécessité sera « garanti dans les jours et les semaines à venir », a assuré le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, et les règles du travail de nuit notamment, seront assouplies pour les magasins.

Il n’y aura « pas de rationnement » a-t-il assuré, appelant les Français à ne pas s’y ruer pour « acheter plus que de besoin ».

Les espaces culturels et les cafétérias de la grande distribution seront fermés.

Aller en cours ou passer des concours : non.

Ecoles, collèges, lycées et universités du pays ferment lundi, au moins jusqu’aux vacances de printemps, ce qui concerne plus de 12 millions d’élèves et 2,6 millions d’étudiants. Trois à quatre heures d’enseignement par jour – exercices en ligne, « classe virtuelle » en visioconférence- doivent être proposées.

Les concours qui devaient se tenir dans l’enseignement supérieur durant les trois prochaines semaines sont reportés, tant pour accéder aux grandes écoles (Polytechnique, HEC, CentraleSupelec…) que pour l’Education nationale (agrégations et Capes).

Les concours postbac (pour certaines écoles de commerce, d’ingénieur, des instituts d’études politiques…), seront remplacés par des examens des dossiers, dans le calendrier de Parcoursup.

Faire garder son enfant: seulement pour le personnel soignant

Un service de garde doit être mis en place région par région, pour les personnels « indispensables à la gestion de la crise sanitaire », a annoncé Emmanuel Macron jeudi.

Acheter ses médicaments ou les croquettes du chat: oui

A l’instar des pharmacies, les parapharmacies resteront ouvertes, tout comme, a annoncé Bruno Le Maire dimanche, « les animaleries et les magasins d’alimentation pour animaux ».

Aller à la banque, acheter son journal et ses cigarettes : oui

Les établissements bancaires resteront ouverts, tout comme les débits de tabac. Les marchands de journaux aussi peuvent continuer leur activité.

Se faire opérer : non, sauf urgences

Toutes les capacités hospitalières nationales et le maximum de médecins et de soignants sont mobilisés. Les soins « non essentiels » sont reportés dans les hôpitaux.

Pratiquer sa religion : cela dépend

Face à l’épidémie, les différents cultes s’organisent. Des messes sont toujours célébrées dans les églises catholiques et des offices dans les synagogues, mais avec des distances minimales entre les fidèles. La Grande mosquée de Paris a fermé. Toutes les mosquées ont été appelées par le Conseil français du culte musulman à suspendre l’organisation des prières du vendredi « jusqu’à nouvel ordre ». Pour le culte protestant, certaines églises ont demandé à fermer.

L’hôtel : oui… mais petit-déjeuner au lit

Les hôtels peuvent continuer à accueillir leurs clients, mais leurs restaurants et bars doivent garder portes closes. Il est toutefois possible d’y prendre son petit déjeuner ou tout autre repas, mais uniquement en chambre.

Le tribunal? Seulement pour les « contentieux essentiels »

Les tribunaux seront fermés sauf pour des « contentieux essentiels »: « les audiences correctionnelles pour les mesures de détention provisoire et de contrôle judiciaire », les « comparutions immédiates », « les présentations devant le juge d’instruction et le juge des libertés et de la détention », « les audiences du juge de l’application des peines » ainsi que celles du « tribunal pour enfants et du juge pour enfants » pour « la gestion des urgences », ou encore « les permanences du parquet », a indiqué la Chancellerie.

Cette dernière appelle à repousser, « dans la mesure du possible », les procès d’assises.

Cinq points à retenir du premier tour des élections municipales

Une abstention historique et une incertitude sur le second tour, un Premier ministre en ballotage, une poussée des écologistes, voici les points à retenir du premier tour des élections municipales.

UNE ABSTENTION RECORD SUR FOND DE CORONAVIRUS

Avec un taux compris entre 53,5 et 56% selon les instituts de sondages, l’abstention atteint un niveau historique, de près de 20 points supérieur à celui de 2014, sur fond de crise du coronavirus.

Une forte incertitude pèse sur la tenue du second tour, dimanche prochain, dans un pays où l’épidémie (127 morts dimanche soir) n’en est qu’à ses débuts. Plusieurs responsables politiques ont réclamé le report du second tour. La question d’un tel report sera examinée en début de semaine, après consultations des scientifiques et des responsables de partis. L’un d’entre eux, Christian Jacob, chef de file des Républicains, a d’ailleurs été testé positif au Covid-19 ce dimanche.

Si le report était décidé, cela obligerait à réorganiser l’ensemble des deux tours, car les élections municipales forment un tout. Sauf peut-être pour les candidats élus dès le premier tour.

EDOUARD PHILIPPE EN BALLOTAGE AU HAVRE

Arrivé en tête au Havre (43,6%), Edouard Philippe, soutenu par LREM, est mis en ballotage par le communiste Jean-Paul Lecoq (34%), alors qu’il avait été élu dès le 1er tour en 2014. Le Premier ministre pourrait se voir opposer une large coalition au second tour, ce qui handicaperait son maintien à Matignon.

Son ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, tête de liste, à Tourcoing (Nord) a lui été réélu dès le 1er tour avec 60,88% des voix. Le ministre de la Culture Frank Riester est lui aussi réélu à Coulommiers (Seine-et-Marne).

Plus largement, les candidats LREM sont souvent relégués en troisième ou quatrième position, lors de ce premier tour, comme à Limoge, Bordeaux, Perpignan Rennes, ou Nantes.

DES PRIMES AUX SORTANTS

Plusieurs maires PS sortants de grandes villes arrivent largement en tête, comme la socialiste Anne Hidalgo à Paris autour de 30%, en hausse par rapport aux sondages, devant la candidate LR Rachida Dati (22%) et l’ancienne ministre de la Santé LREM Agnès Buzyn (17%).

Martine Aubry arrive aussi en première position à Lille, tout comme Nathalie Appéré à Rennes, Johanna Rolland à Nantes, Stéphane Le Foll au Mans, ou Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen, soutenu par le maire sortant PS Yvon Robert.

Chez les écologistes, le maire de Grenoble Eric Piolle est donné à 44% au premier tour.

A Marseille, la candidate LR Martine Vassal, qui doit faire face à une dissidence, est donnée très légèrement en tête (23%) devant la liste de gauche de Michèle Rubirola (21%).

A Toulouse, le sortant Jean-Luc Moudenc, soutenu par LR et LREM, est lui aussi bien placé (35,3%).

BONS RÉSULTATS DU RASSEMBLEMENT NATIONAL

Le Rassemblement national semble bien placé pour conquérir Perpignan, puisque son candidat Louis Aliot est arrivé largement en tête à 35,7%, devant le candidat LR Jean-Marc Pujol (18,4%), l’écologiste Agnès Langevine (EELV-PS, 14,5%) et le député macroniste Romain Grau (LREM, 13,2%).

Le RN a aussi fait réélire dès le premier tour ses candidats dans les places fortes de Fréjus dans le Var (David Rachline, 50,6%), Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais (Steeve Briois, 74,21%), Villers-Cotterêts dans l’Aine (Franck Biffaut, 53,47%).

FORTE POUSSÉE DES ÉCOLOGISTES

A Bordeaux, le candidat écologiste Pierre Hurmic (EELV) est au coude à coude avec le maire sortant Nicolas Florian (LR, 33,4-34%), successeur d’Alain Juppé, selon des estimations. Sont distancés le candidat LREM, Thomas Cazenave et Philippe Poutou (NPA) , autour de 12%.

A Lyon, la liste de l’écologiste Gregory Doucet arrive largement en tête, devant celle du LR Etienne Blanc et la liste LREM de Cuchera, sur laquelle se trouve Gérard Collomb, selon une estimation.

A Strasbourg, la candidate écologiste Jeanne Barseghian (EELV) arrive en tête du premier tour avec 27,9% des voix, devançant Alain Fontanel (LREM, 19,9%).

A Besançon, l’une des villes où les écologistes ont le plus d’ambition, la candidate EELV Anne Vignot (31,2%) devance le LR Ludovic Fagaut (23,6%) et le LREM Eric Alauzet (18,9%).

bur-caz/mra/shu

Les gagnants et les perdants du 1er tour des municipales

Le premier tour des élections municipales a vu les électeurs accorder globalement une prime importante au sortant, avec les challengers bien souvent à la peine.

Les gagnants…

. Anne Hidalgo (PS) – Paris

Alors que certains sondages ces dernières semaines donnaient sa rivale Rachida Dati (LR) en tête pour quelques points, la maire socialiste a largement distancé à la fois l’ancienne garde des Sceaux et Agnès Buzyn (LREM). Anne Hidalgo émarge ainsi à environ 30% selon des estimations, avec Rachida Dati en deuxième position à 23%, et Agnès Buzyn troisième avec moins de 18%. La maire sortante peut ainsi envisager le second tour avec une certaine sérénité et engager les négociations avec les écologistes, en position de force.

. David Rachline (RN) – Fréjus

L’une des meilleures prises du parti de Marine Le Pen en 2014, Fréjus, a réélu David Rachline dès le premier tour avec un peu plus de 50% des voix selon des résultats provisoires.

L’ancien sénateur conserve donc la ville varoise tandis que sa victoire réaffirme le département comme l’un des bastions du RN.

D’autres figures du parti ont également réalisé de très bons résultats comme Steeve Briois à Hénin-Beaumont, réélu de même dès le premier tour, et Louis Aliot à Perpignan, en ballotage favorable pour le second tour.

. Stéphane Le Foll (PS) – Le Mans

Le maire sortant arrive en ballottage très favorable pour le premier tour avec des estimations de résultats qui le placent à plus de 40%, loin devant l’ensemble de la droite. Au second tour, l’ancien ministre de l’Agriculture de François Hollande sera d’ailleurs opposé à une candidate divers gauche, l’actuelle députée socialiste Mariette Karamanli, qui a obtenu un peu plus de 13%.

Tout comme Stéphane Le Foll, le maire sortant à Dijon François Rebsamen est en bonne position pour le second tour. L’ancien ministre du Travail est en tête avec 38% des suffrages, devant Emmanuel Bichot (LR) qui obtient 15%.

. Gérald Darmanin (UDC) – Tourcoing

Le ministre de l’Action et des Comptes publics avait été accusé ces derniers jours d’avoir délaissé son portefeuille au profit de sa campagne à Tourcoing (Nord). Gérald Darmanin a finalement été élu dès le premier tour avec plus de 60% des voix.

Ce n’est pas le seul membre du gouvernement élu facilement puisque le ministre de la Culture Franck Riester, et le ministre chargé des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu ont été élus également dès le premier tour, respectivement à Coulommiers (Seine-et-Marne) et Vernon (Eure). Ce dernier n’était cependant pas tête de liste.

… et les perdants.

. Sébastien Chenu (RN) – Denain

La ville du Nord était l’une des cibles principales du RN mais le porte-parole du Rassemblement national n’a pas réussi à mettre la maire sortante Anne-Lise Dufour-Tonini (PS) en difficulté. Celle qui est en fonction depuis 2011 a ainsi été réélue dès le premier tour.

. Cédric Villani (DVC) – Paris

Le mathématicien a clairement perdu son pari dans la capitale puisqu’il émarge à peine au-dessus des 5%. Le dissident LREM n’a pas donné d’indication sur une possible fusion de ses listes au second tour, mais il ne devrait pas peser autant qu’il pouvait l’espérer il y a encore quelques semaines.

. Alain Carignon (LR) – Grenoble

Celui qui fut maire de la ville iséroise de 1983 à 1995 ne devrait pas retrouver son fauteuil le maire sortant, l’écologiste Eric Piolle ayant obtenu plus du double (44,6%) des voix d’Alain Carignon (20,5%).

. Laurent Hénart (DVC) – Nancy

Alors qu’au niveau national les maires sortants ont particulièrement bien réussi, la deuxième place au premier tour du maire de Nancy, Laurent Hénart (DVC) peut être perçue comme une déception. Avec un peu moins de 35% des voix, il arrive derrière le candidat divers-gauche Mathieu Klein qui a récolté près de 38% des voix.