Annulation des dettes : Mamadou Koulibaly s’adresse aux africains

Le président fondateur de Liberté et démocratie pour la République (Lider) , Mamadou Koulibaly, a invité les africains à « ne pas se laisser tromper » sur l’annulation des dettes de certains pays en cette période de crise de la pandémie du Coronavirus.

Dans sa tribune hebdomadaire, dénommé « jeudi, c’est Koulibaly », l’ancien ministre de l’Economie et des Finances sous Laurent Gbagbo a fait savoir qu’une dette ne s’annule pas complètement. Développant, M. Koulibaly fait comprendre qu’ « il y a toujours quelque chose de caché, parce que celui qui vous fait crédit, c’est de l’argent qu’il prend quelque part. Soit avec ses épargnants, ses citoyens, les impôts, les actionnaires qu’il vous donne pour travailler ».

Préconisant aux africains qu’avant de se réjouir il faudrait avoir à l’esprit que celui qui procède à l’annulation de dette devrait avoir une stratégie en remplacement. « Avant de commencer à danser, à chanter, il faut avoir en tête que celui qui annule, doit trouver de l’argent pour compenser. Sinon il y a quelque chose qui ne va pas », a avisé Mamadou Koulibaly.

A l’en croire, peu importe le prétexte de l’annulation de la dette africaine, « la chose est que, quelqu’un doit rembourser à un moment donné » a soutenu l’ancien ministre de l’Economie et des Finances.

Covid-19/Abidjan : Voici les sanctions liées au non-respect du port du masque

Désormais obligatoire dans le district d’Abidjan, les contrevenants au port du masque s’exposent à des sanctions.

Le ministère des Transports a pris un Arrêté n°0015 MT du 14 avril portant réglementation de la circulation des personnes à bord des véhicules ou des bateaux et embarcations flottantes, en période de lutte contre le coronavirus (Covid-19).

Il est de ce fait obligatoire pour tous conducteurs ou pilotes d’exiger le port du masque à ses passagers avant embarquement. Le non-respect de ces mesures constitue une contravention de deuxième classe et est désormais puni d’une peine d’emprisonnement de dix jours et d’une amende de 50 000 Fcfa, ou l’une de ces deux peines.

Bien que des sanctions aient été fixées pour les passagers, les conducteurs ou pilotes ne sont pas épargnés.

Sans préjudice des peines prévues à l’alinéa précédent, le véhicule, le bateau ou l’embarcation flottante ayant dépassé le nombre de personnes à son bord conformément aux articles 2 et 3 du présent arrêté sera mis en fourrière ou immobilisé par les agents de la force publique.

Coronavirus/Sikensi: Affrontements entre policiers et populations autour de la fête du Dipri

De violents affrontements ont éclatés dans la ville de Sikensi entre les agents de la police et les populations. En effet, les habitants de cette ville située à 80 km d’Abidjan, ont décidé de célébrer la fête du Dipri.

Malgré les mesures sanitaires édictées par le gouvernement ivoirien en raison de la pandémie, la population de Sikensi a tenu à célébrer le Dipri, fête traditionnelle en pays Abidji.  Evidemment, elle s’est heurtée aux autorités de la ville de Sikensi qui ont dépêché les forces de l’ordre pour faire barrage à cette célébration.

Rappelons que dans le cadre de la lutte contre la propagation du COVID-19, les autorités ont interdit tout rassemblement. « Le Dipri a été annulé donc les initiés sont en colère contre la décision ce qui explique les courses-poursuites ici » a expliqué un ressortissant de Sikensi.

La fête du Dipri est une célébration de démonstration de puissance mystique en pays Abidji. Elle se célèbre une fois par an.

Notons que le dernier bilan du COVID-19 en Côte d’Ivoire enregistre 688 cas enregistrées dont 193 guéris et 06 décès.

 

En Afrique du Sud, des médecins mettent au point une boîte pour isoler les malades du Covid-19

Des médecins sud-africains ont conçu un outil inédit pour isoler les patients atteints du Covid-19 et protéger au mieux le personnel soignant: une boîte en plexiglas, à trois côtés et plusieurs trous qui couvre le visage et le torse des malades.

« On a regardé ce qui existait déjà sur le marché et on a trouvé une boîte toute simple avec deux trous. On l’a essayée mais on ne l’a pas jugée assez efficace » notamment pour les intubations, a expliqué à l’AFP la Dr Feroza Motara, à la tête des urgences de l’hôpital public Charlotte Maxeke à Johannesburg.

Son équipe a donc planché et conçu une boîte plus adaptée que le modèle taïwanais déjà disponible.

Derrière son masque chirurgical doublé d’un masque en plexiglas, Jana Du Plessis, médecin sud-africaine, en fait la démonstration en intubant un mannequin. « Cette boîte va créer un espace hermétique » autour du malade, explique la jeune femme de 32 ans.

Pour certains actes médicaux, « il faut débrancher le patient de son respirateur, et s’il tousse ça peut être très dangereux pour le personnel », détaille-t-elle.

« En faisant en sorte que tout cela se fasse à l’intérieur de la boîte, on isole le patient, et donc le virus ne peut pas contaminer d’autres patients ou l’équipe soignante », ajoute la Dr Du Plessis.

Deux sociétés sud-africaines ont financé une première série de 500 boîtes de ce type, baptisées « intuboxes », aussitôt distribuées à des établissements hospitaliers publics et privés en Afrique du Sud.

Des discussions sont en cours pour en fabriquer un millier d’autres.

Le brevet de cette « intubox », facturée 200 dollars (183 euros) l’unité, va être mis gracieusement à la disposition d’autres fabricants intéressés.

La Dr Motara explique avoir déjà reçu des appels intéressés du monde entier, « de l’Amérique, à Dubaï et en passant par le reste de l’Afrique ».

Elle a cependant rappelé que l' »intubox » ne remplaçait en rien les équipements de protection. « La boîte ne signifie pas qu’on oublie tout le reste », a-t-elle souligné.

L’Afrique du Sud est le pays d’Afrique subsaharienne le plus touché par la pandémie de Covid-19 avec 2.506 cas confirmés, dont 34 décès.

Virus en Libye: le gouvernement de Tripoli annonce un confinement général

Le Gouvernement d’union nationale (GNA) a annoncé un confinement général de dix jours dans les zones qu’il contrôle dans l’ouest de la Libye, dont la capitale Tripoli, afin de limiter la propagation du nouveau coronavirus dans le pays en guerre.

Un « couvre-feu » de 24 heures entre en vigueur vendredi, a indiqué le GNA basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi.

Cette mesure ne s’applique pas à l’est du pays contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar, ainsi qu’à une grande partie du sud qui échappe au contrôle des deux camps rivaux.

Plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est déchirée aujourd’hui par une lutte de pouvoir entre Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, et le GNA.

Le maréchal Haftar tente depuis un an de s’emparer de Tripoli, et le conflit a fait jusqu’ici des centaines de morts, dont des dizaines de civils, ainsi que plus de 200.000 déplacés.

La situation humanitaire risque de s’aggraver davantage en cas de propagation de la pandémie Covid-19 dans le pays, qui a officiellement enregistré jusqu’ici un décès et 48 cas, dont quatre dans l’est, selon le Centre de lutte contre les maladies basé à Tripoli.

Pendant le confinement, les hypermarchés seront fermés, mais les boutiques et commerces de proximité resteront ouverts entre 5H00 et 10H00 GMT, selon le communiqué.

Durant cette période, il est permis à chacun de faire des courses, d’après la même source.

Mercredi, le ministre de la Santé du GNA, Ehmed Ben Omar, a estimé devant la presse que la situation sanitaire en Libye n’était « pas très mauvaise », mais « pas rassurante non plus ».

Il a appelé les Libyens à une « prise de conscience » et au respect des mesures de confinement.

Le GNA avait déjà annoncé le 22 mars la fermeture des frontières terrestres et aériennes et imposé un couvre-feu de 17H00 à 5H00 GMT.

Dans l’est du pays, les forces du maréchal Haftar imposent depuis plusieurs semaines un couvre-feu entre 18H00 et 5H00 GMT.

Le Sénégal prolonge la suspension de tous les vols

Le Sénégal a prolongé jusqu’au 31 mai la suspension de tous les vols au départ et à destination de son territoire pour contenir le Covid-19, a indiqué le ministre des Transports Alioune Sarr dans la nuit de mercredi à jeudi.

Le ministre ne donne pas plus de précisions sur son compte Twitter. La suspension des liaisons aériennes concernait le transport de passagers et non de fret quand elle a été annoncée mi-mars.

Elle s’appliquait d’abord à la France, l’Italie, l’Espagne et un certain nombre de pays d’Europe et d’Afrique du Nord avant d’être généralisée.

Le Sénégal a officiellement déclaré plus de 300 cas de contamination et deux décès depuis le 2 mars.

La suspension des liaisons aériennes fait partie d’une série de mesures prises par le gouvernement pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus, comme l’instauration d’un couvre-feu nocturne, l’interdiction de circuler entre les villes et la fermeture des écoles.

Le Sénégal s’est jusqu’alors gardé d’établir le confinement. Il représenterait un défi considérable dans ce pays pauvre dont une bonne partie de la population vit au jour le jour.

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le masque devient obligatoire

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le port du masque est devenu obligatoire dans l’espace public afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, ont annoncé ces derniers jours leurs gouvernements.

Au Gabon, le masque est obligatoire depuis mercredi matin, tout comme en Guinée équatoriale, qui demande aussi à ses citoyens de porter des gants lors de leur sortie.

Conscient de la difficulté des Gabonais à se procurer des masques médicaux, Libreville a recommandé à ses citoyens le port « du masque alternatif ». De nombreux ateliers de couture au Gabon et ailleurs se sont mis à produire des masques en tissu, moins efficaces mais qui limitent toutefois la propagation du virus.

Lundi, le gouvernement tchadien avait également décrété le port obligatoire du masque sur son territoire avant de revenir sur sa décision le lendemain à cause du manque d’offre sur le marché.

Le Cameroun – l’un des pays les plus touchés par le virus en Afrique avec 855 cas déclarés officiellement mercredi – avait déjà adopté cette mesure jeudi dernier.

Dans ces pays d’Afrique centrale, ces dispositions s’ajoutent à celles déjà prises, comme l’instauration de couvre-feux nocturnes, la fermeture des écoles, des frontières et des lieux de culte ainsi que les restrictions sur les rassemblements.

Libreville, la capitale du Gabon, et ses environs sont également confinés depuis lundi pour 14 jours.

L’Afrique reste pour l’heure relativement moins touchée par l’épidémie. Mais de nombreux experts continuent de redouter une catastrophe sanitaire sur ce continent pauvre et aux systèmes de santé défaillants.

L’Ethiopie veut fermer un camp de réfugiés érythréens malgré l’épidémie de coronavirus

L’Ethiopie s’apprête à fermer un camp de réfugiés érythréens et à réinstaller des milliers d’entre eux dans des camps, selon l’ONU, déjà pleins, malgré les craintes qu’une telle opération puisse les rendre plus vulnérables au coronavirus.

Le camp de Hitsats est l’un des quatre camps de la région du Tigré (nord), qui abritent au total près de 100.000 réfugiés venus d’Erythrée, selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), sur plus de 170.000 réfugiés érythréens dans tout le pays.

Début mars, les responsables éthiopiens avaient informé le HCR de leur intention de fermer Hitsats, dans le cadre d’un plan de restructuration, mais ce plan a été retardé après que l’Ethiopie a enregistré ses premiers cas de Covid-19 à la mi-mars.

Les préparatifs pour la fermeture du camp de Hitsats se sont cependant poursuivis. Les réinstallations pourraient commencer d’ici fin avril, a déclaré cette semaine à l’AFP le directeur général adjoint de l’Agence éthiopienne pour les réfugiés et les rapatriés, Eyob Awoke.

« Nous sommes prêts à commencer. Mais nous ne pouvons pas commencer avec un grand nombre (de réfugiés). Nous pouvons commencer avec un petit nombre », a-t-il dit. « Nous pouvons même commencer avant la fin de ce mois », a ajouté M. Eyob.

Les réfugiés de Hitsats pourront se réinstaller dans deux autres camps ou obtenir un permis pour vivre et travailler de manière indépendante en Éthiopie.

La décision de fermer Hitsats – qui, selon le gouvernement, abrite 13.022 réfugiés – est en partie liée aux coupes budgétaires du HCR, a déclaré M. Eyob. Le gouvernement pense aussi qu’il peut mieux accueillir les réfugiés en restructurant les camps du Tigré, a-t-il ajouté.

– Peur et confusion –

L’Ethiopie a commencé l’année avec une réduction de 14% du financement de l’organisation mais cela ne justifie pas la fermeture d’un camp, a déclaré à l’AFP Ann Encontre, représentante du HCR en Ethiopie.

Déplacer les réfugiés de Hitsats vers les autres camps de la région du Tigré les rendrait « sans aucun doute » plus vulnérables au Covid-19, a-t-elle ajouté.

Dans les deux autres camps, « il n’y a pas assez d’eau, il n’y a pas assez d’installations sanitaires, il n’y a pas assez de services médicaux et de santé », a précisé Mme Encontre. « Il n’y a pas assez d’installations et d’abris pour un afflux aussi important » de réfugiés.

L’Ethiopie a jusqu’à présent rapporté 92 cas de Covid-19, aucun d’entre eux dans les camps de réfugiés.

Le système de service national obligatoire en Erythrée a conduit à décrire ce pays comme étant une « prison en plein air », semblable à la Corée du Nord.

Une guerre frontalière, qui a éclaté en 1998 entre l’Éthiopie et l’Érythrée, a fait des dizaines de milliers de morts.

Le président érythréen Issaias Afeworki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ont conclu un accord de paix surprise en 2018, mais aucun signe de réforme politique n’a été observé en Érythrée depuis, et les demandeurs d’asile continuent d’affluer en Éthiopie, en franchissant la frontière entre les deux pays.

L’Ethiopie a récemment changé sa politique d’asile envers les Erythréens: elle ne leur accorde plus automatiquement le statut de réfugié mais examine les dossiers au cas par cas.

Pour M. Eyob, de nombreux Erythréens venus s’installer en Ethiopie ne remplissaient pas les critères de l’asile politique.

« Certains d’entre eux viennent vivre en Ethiopie simplement parce qu’ils jugent leurs conditions de vie difficiles en Erythrée », a-t-il fait valoir.

Selon Mme Encontre, cette nouvelle politique a conduit à une diminution du nombre d’enregistrements de nouveaux réfugiés érythréens.

Pour Laetitia Bader, chercheuse pour l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la nouvelle approche du gouvernement de M. Abyi envers les réfugiés érythréens « crée de la peur et de la confusion » dans leurs rangs.

« Le gouvernement doit faire en sorte d’annoncer publiquement et d’expliquer tout changement de doctrine, et également doit engager de vraies consultations avec les communautés de réfugiés et les acteurs humanitaires », a-t-elle plaidé.

Coronavirus au Nigeria: 18 personnes tuées par les forces de sécurité depuis fin mars

Les forces de sécurité ont tué 18 personnes depuis fin mars au Nigeria, accusées de ne pas avoir respecté les mesures de confinement pour tenter d’enrayer l’épidémie de coronavirus, presque impossibles à appliquer pour les plus pauvres.

La commission nationale de surveillance des droits de l’Homme a enregistré 105 actes de violations des droits de l’Homme « perpétrés par les forces de l’ordre » et « 18 personnes tuées » dans des exécutions extra-judiciaires, dans un rapport publié mercredi soir.

Cet organe officiel a accusé les forces de sécurité d’un « usage disproportionné de la force, d’abus de pouvoir, de corruption et de non-respect des lois nationales et internationales ».

Le nombre de personnes tuées par les forces de sécurité est plus élevé que celui des victimes décédées du coronavirus au Nigeria où 407 cas ont été recensés, dont 12 morts.

Depuis le 31 mars, de nombreux Etats au Nigeria ont adopté des mesures de confinement, particulièrement strictes à Lagos, Abuja ou dans l’Etat d’Ogun, où la population a l’obligation de rester à la maison, sauf pour acheter de la nourriture un jour sur deux.

Des vidéos de violences policières postées sur les réseaux sociaux, où l’on voit des policiers détruire des étals de marché, ou encore tabasser la population ont fait scandale dans le pays, où les forces de sécurité sont régulièrement accusées d’abus de pouvoir et de corruption.

Segun Awosanya, à la tête d’une puissante organisation de la société civile de surveillance des violences policières (Social Intervention Advocacy Foundation, SIAF) a également dénombré 18 morts depuis le début du confinement.

Deux personnes ont notamment été tuées mercredi dans l’Etat d’Anambra (sud-est) et un chauffeur de poids-lourd transportant de la nourriture dans l’Etat d’Abia (sud-est) a été abattu, vraisemblablement pour avoir refusé de donner un pot-de-vin au barrage de la Nigerian Civil Defense Corps, l’une des nombreuses agences de sécurité dans le pays, selon des témoins.

« Mais il pourrait y en avoir bien plus », explique à l’AFP M. Awosanya, aussi connu sous le nom de « Sega l’Eveilleur ». « Ca, ce ne sont que les cas qui nous sont signalés par les familles ».

La SIAF travaille ensuite avec la police pour procéder à une enquête interne. « Nous avons vu une explosion des plaintes depuis 15 jours, et particulièrement de gens arrêtés et emmenés au poste », poursuit l’activiste.

– Très tendu –

« Tout le monde est très tendu. La police et les agences de sécurité qui n’ont pas d’équipement pour se protéger du virus, aucune sécurité, aucune logistique pour se défendre contre la criminalité qui a très fortement augmenté aussi », concède « Sega l’Eveilleur ».

Interrogé par l’AFP, le porte-parole de la police Frank Mba a regretté que « la commission reste trop générale dans ses accusations ».

Elle « aurait du donner des détails sur ceux qui ont été tués par la police, leur nombre exact, leur nom et le lieu de l’incident, ainsi nous pourrions prendre des sanctions adéquates », a-t-il déclaré à l’AFP.

Il a affirmé que les membres des forces de police coupables d’abus seront punis.

Le Nigeria compte le plus grand nombre de personnes vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté au monde (plus de 87 millions en 2018), selon l’organisation World Poverty Clock.

Les rares aides gouvernementales ne parviennent à calmer ni la faim ni la colère de la population, et la Banque mondiale a mis en garde la semaine dernière contre un risque de « crise alimentaire » en Afrique.

La question d’un confinement stricte et obligatoire a soulevé de très nombreuses interrogations et critiques en Afrique sub-saharienne où la grande majorité de la population dépend de l’économie informelle pour se nourrir et où même la petite classe moyenne ne dispose pas d’économies suffisantes pour vivre sans travailler.

De nombreux incidents ont été recensés sur le continent depuis ces dernières semaines.

La police sud-africaine a dispersé mardi par des tirs de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes des habitants affamés d’une banlieue pauvre du Cap (sud-ouest), furieux de ne pas avoir reçu de distributions alimentaires.

Moratoire sur la dette des pays pauvres: un geste positif, mais très insuffisant pour l’Afrique

Un geste positif mais il faudra aller beaucoup plus loin: c’est l’avis largement partagé en Afrique après l’annonce d’un moratoire sur la dette pour aider les pays pauvres à faire face à la pandémie de coronavirus et à son impact dévastateur.

« C’est une bouffée d’oxygène », estime Qutes Hassane Boukar, responsable de l’Analyse budgétaire d’Alernative espace citoyen (AEC), une des plus importantes ONG du Niger, après la décision du G20 mercredi de suspendre pour un an le service de la dette pour les pays les plus pauvres, dont une quarantaine de pays africains.

« Il y a beaucoup de dépenses prévues dans le cadre de la lutte contre la pandémie du coronavirus, le fait qu’il y ait un moratoire permet à ces Etats de mobiliser les ressources qu’ils auraient pu engager pour rembourser la dette publique », explique M. Bukar.

L’Afrique est encore relativement peu touchée par l’épidémie, selon les bilans officiels, mais l’on craint une flambée de la maladie sur un continent où les systèmes de santé sont notoirement insuffisants, ainsi que des conséquences économiques dévastatrices.

La Banque Mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont averti que l’Afrique subsaharienne connaitra en 2020 sa première récession économique généralisée depuis 25 ans.

« Cette suspension de dette va permettre au pays africains de respirer un peu, mais elle ne vaut pas annulation », souligne Djidénou Kpoton, analyste économique béninois.

Le moratoire sur la dette des pays pauvres devrait « libérer 20 milliards de dollars », a précisé mercredi le ministre des Finances saoudien Mohammed al-Jadaan à l’issue du G20. L’endettement total du continent africain est estimé à 365 milliards de dollars, dont environ un tiers dû à la Chine.

Le moratoire « va permettre aux économies africaines de ne pas plonger dans l’immédiat, mais si on ne trouve pas d’autres solutions on va à la catastrophe », juge l’économiste ivoirien Jean Alabro.

– « Une insulte » –

« La plupart de nos économies dépendent de l’extérieur. Les deux tiers des exportations sont des matières premières ou des produits semi-finis. Or la demande internationale va s’effondrer et les prix avec », avertit l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives.

« La décision du G20 est ridicule, ce n’est pas à la hauteur de la situation. C’est une insulte à l’égard des pays pauvres », affirme-t-il.

Plutôt qu’un simple sursis pour les remboursements, économistes et acteurs de la société civile réclament une annulation complète des dettes.

En effet le moratoire « ne permet ni d’enclencher un cercle vertueux ni de donner un coup d’arrêt au processus d’endettement chronique des pays africains », explique Christian Abouta, évaluateur des politiques publiques au Bénin.

Pour l’économiste congolais Noël Magloire Ndoba, « c’est une manœuvre cosmétique (…) le vrai problème est celui de la dette en tant que telle, il faut l’annuler purement et simplement ».

Annuler, oui, mais « sous réserve de réformes majeures. Car tant que nous avons des dirigeants qui confondent leur poche et la poche du pays, peu importe le nombre de moratoires ou d’annulations de dette, ça ne changera rien », fulmine l’opposant tchadien Masra Succès, président du Parti Les Transformateurs.

Au delà des questions de la dette et de la mauvaise gouvernance, qui sont cruciales, il faut aussi réformer en profondeur les économies africaines pour qu’elles soient moins dépendantes des marchés mondiaux et plus résilientes face aux crises, analyse Jean Alabro.

« Aujourd’hui les ministres des Finances africains sont considérés comme bons quand ils arrivent à emprunter de l’argent. Il faut qu’ils s’intéressent davantage à favoriser les entreprises locales plutôt que les multinationales, pour promouvoir la production locale et pour créer des emplois. Les dirigeants africains doivent bâtir des économies tournées vers l’intérêt des populations », conclut-il.