La crise née des démolitions au quartier Houphouët-Boigny, communément appelé Koumassi Campement, prend une nouvelle tournure politique. Près de trois semaines après l’opération du 3 juin, la députée RHDP de Koumassi, Adjaratou Traoré Coulibaly, multiplie les démarches institutionnelles pour obtenir des explications sur les circonstances ayant conduit à ces destructions.
Dans une vidéo publiée le 19 juin sur ses réseaux sociaux, l’élue affiche une position ferme. Face caméra, le visage grave, elle dénonce une situation qu’elle juge préoccupante et appelle à établir toute la vérité sur cette affaire qui a provoqué de nombreuses réactions à Abidjan.
Depuis le début de la controverse, Adjaratou Traoré Coulibaly s’est démarquée de plusieurs responsables locaux du parti présidentiel. Elle critique notamment le déroulement de l’opération et estime que des irrégularités auraient entaché les procédures ayant conduit aux démolitions. La parlementaire dénonce les conséquences humaines de cette intervention. Selon elle, des familles ont perdu leurs logements, leurs biens et leurs moyens de subsistance en quelques heures.
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« Des familles entières ont perdu leurs biens et leur habitation. Des pères ont vu leur dignité bafouée. Des mères et des enfants ont vu leur monde s’écrouler », a-t-elle déclaré dans sa vidéo.
Une intervention après les premières interpellations
La sortie de la députée intervient peu après l’interpellation de Jacques Alloui Brou, présenté comme une figure importante du dossier. Le procureur de la République a également annoncé l’audition du maire de Koumassi, du directeur général des services techniques du District autonome d’Abidjan ainsi que du responsable de l’entreprise liée aux engins utilisés lors des démolitions. Pour une partie de l’opinion et de l’opposition, ces premières mesures ne suffisent pas à répondre à toutes les interrogations. Adjaratou Traoré Coulibaly entend, elle aussi, aller plus loin en cherchant à retracer l’ensemble de la chaîne décisionnelle.
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La députée affirme avoir choisi d’utiliser les outils que lui confère son mandat parlementaire. Elle explique vouloir obtenir des réponses par les voies légales et républicaines. Première démarche annoncée, la saisine du maire de Koumassi pour demander la convocation d’une session extraordinaire du conseil municipal. Cette rencontre devrait permettre d’examiner les conditions administratives de l’opération et les mesures prévues pour accompagner les personnes affectées. L’élue indique également avoir sollicité le préfet d’Abidjan afin de vérifier le respect des procédures administratives liées à cette opération.
Une question orale visant trois ministres
L’initiative la plus significative reste toutefois celle engagée à l’Assemblée nationale. Adjaratou Traoré Coulibaly a déposé une question orale avec débat qui pourrait conduire plusieurs membres du gouvernement à s’expliquer publiquement devant les députés.
Trois ministres sont concernés par cette démarche, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, le garde des Sceaux, Jean Sansan Kambilé, ainsi que le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Moussa Sanogo. La députée souhaite notamment connaître les bases juridiques ayant permis les démolitions, les autorités ayant autorisé l’intervention des forces de sécurité et les conditions d’exécution de l’opération.
En plus de cette question orale, l’élue a annoncé plusieurs questions écrites adressées aux ministères concernés. Elle réclame également la mise en place d’une mission parlementaire d’enquête afin d’entendre toutes les parties impliquées et d’établir les responsabilités. Pour Adjaratou Traoré, cette démarche doit permettre de répondre aux attentes des habitants touchés par les démolitions et de restaurer leurs droits.
De son côté, le gouvernement tente d’apaiser les tensions. Le porte-parole adjoint du gouvernement, Mamadou Touré, a assuré que « là où il y a abus, il y aura responsabilité ». Alors que l’affaire continue de susciter le débat, la députée RHDP affirme vouloir poursuivre son action jusqu’à obtenir des réponses pour les familles sinistrées de Koumassi Campement.


