L’inquiétude, angoisse et la colère s’installent au Forum des marchés d’Adjamé. Dans ce vaste espace commercial considéré comme l’un des plus importants d’Afrique de l’Ouest, des centaines de commerçants craignent une évacuation qu’ils jugent injustifiée. Au centre de la controverse : un contentieux ancien autour d’une dette estimée à 11 milliards de francs CFA, dont ils contestent l’origine.
« Chaque matin, lorsque j’ouvre mon magasin, j’ai le cœur qui bat à 100 à l’heure », témoigne Amadou, vendeur de tissus présent depuis l’ouverture du marché. Pour lui, une éventuelle fermeture du Forum représenterait une perte économique et sociale majeure pour des milliers de familles.
« On nous parle de nous chasser, alors qu’on a tout mis ici. Nos économies, le futur de nos enfants… Si on détruit ce Forum, on détruit nos vies. »
Réunis sous une bâche le samedi 20 juin 2026, plusieurs acteurs du marché ont exprimé leur inquiétude lors d’une conférence de presse. Derrière les étals de vêtements, de cosmétiques ou de produits vivriers, la crainte d’un déguerpissement plane désormais sur les commerçants. Sanogo Sarah, directrice exécutive du Forum SAFA, structure représentant les commerçants, dénonce une situation qu’elle qualifie de « tragédie ». Selon elle, une opération de déguerpissement pourrait mettre en péril des milliers d’emplois et fragiliser des familles qui dépendent quotidiennement de cette activité.
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Un marché stratégique de près de 14 milliards FCFA
Construit sur une superficie de 30 000 m², le Forum des marchés d’Adjamé comprend environ 600 magasins, 5 000 boxes et 1 800 étals. L’infrastructure, dont l’investissement est évalué à près de 14 milliards FCFA, génère plusieurs centaines de millions de francs CFA de transactions chaque jour. Les commerçants rappellent ainsi le poids économique de ce site, qui constitue une importante source de revenus pour les opérateurs, mais également pour les collectivités à travers les taxes et les recettes locatives.
À l’origine du conflit, une convention BOT (Build-Operate-Transfer) signée en 1997 entre la mairie d’Adjamé et la Société Ivoirienne de Concept et de Gestion (SICG) pour la construction du marché.
Selon les commerçants, ils auraient contribué financièrement à la réalisation du projet en versant entreillion 5 et 12,5 ms FCFA chacun pour obtenir leurs espaces commerciaux. Mais à l’ouverture du Forum, le promoteur privé aurait demandé la signature de baux et le paiement de loyers mensuels, provoquant un désaccord avec les occupants. Un accord trouvé en 2003 devait pourtant permettre de clarifier la situation. Mais près de vingt ans plus tard, le différend reste entier.
La tension avait déjà atteint un niveau critique en 2018 après une tentative d’expulsion avec l’intervention des forces de l’ordre. Face à la crise, la Primature avait alors demandé un audit de l’Inspection générale des finances (IGF) afin d’examiner les relations financières entre la mairie, le promoteur et les commerçants. Huit ans après, les conclusions de cette enquête restent inconnues du public. Les commerçants réclament toujours la publication de ce rapport, estimant qu’il pourrait permettre de clarifier les responsabilités dans ce dossier.
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Une dette de 11 milliards FCFA au cœur de la polémique
Le conflit a pris une nouvelle ampleur en 2026 avec l’annonce d’un projet d’accord prévoyant le versement de 11 milliards FCFA à la SICG au titre d’impayés de loyers accumulés entre 2009 et 2015. Une décision contestée par les représentants des commerçants, qui affirment ne pas reconnaître cette dette. Ils indiquent avoir transmis un dossier composé de 192 pièces justificatives pour démontrer leur position.
« Nous demandons une vérification contradictoire des chiffres avant toute décision », soutiennent-ils, estimant qu’une telle opération engagerait les ressources publiques sans clarification préalable.
Alors qu’une nouvelle rencontre est prévue le 24 juin 2026 pour examiner les modalités futures de gestion du marché, les commerçants souhaitent éviter toute décision qu’ils jugeraient précipitée. Ils assurent ne pas refuser leurs obligations légales, mais demandent une transparence totale sur les comptes et les responsabilités de chaque partie. Face à l’incertitude, ils lancent un appel aux autorités nationales pour trouver une issue qui préserve l’activité économique du Forum d’Adjamé, présenté comme un pilier du commerce ivoirien.


