Vingt-quatre ans après le déclenchement de la rébellion ivoirienne, Simone Gbagbo revient sur les premières semaines de la crise de 2002. Invitée le 24 septembre à l’émission « Décrypter l’Afrique », l’ancienne Première dame affirme que la France aurait empêché le Nigeria d’engager des avions de combat envoyés à Abidjan pour soutenir les forces ivoiriennes.
La crise avait débuté le 19 septembre 2002 par une tentative de coup d’État à Abidjan. Si celle-ci échoue dans la capitale économique, les insurgés prennent rapidement le contrôle de Bouaké et de plusieurs villes du Nord, plongeant le pays dans une situation de division.
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Trois avions nigérians restés au sol
Selon le récit de Simone Gbagbo, l’armée ivoirienne disposait alors de capacités aériennes limitées. Elle affirme que plusieurs appareils français hérités de la période précédente étaient hors d’usage, poussant Laurent Gbagbo à solliciter le soutien de dirigeants de la région. Le président nigérian Olusegun Obasanjo aurait été, selon elle, le premier à répondre à cet appel. Trois avions de combat nigérians auraient ainsi rejoint Abidjan.
Mais ces appareils ne seraient finalement pas entrés en action. Selon Simone Gbagbo, des responsables français sont intervenus auprès des autorités nigérianes et ont soutenu que Paris devait autoriser l’utilisation de ces avions, bien qu’ils appartiennent au Nigeria.
« Les avions sont restés parqués sur le tarmac ivoirien pendant trois jours », rapporte-t-elle. Elle ajoute qu’Obasanjo aurait ensuite présenté ses excuses à Laurent Gbagbo avant de rappeler les appareils.
Des éléments confirmés sur la présence des appareils
Plusieurs éléments de ce récit sont présentés comme confirmés par les archives de l’époque. Le Nigeria avait effectivement envoyé trois avions de combat à Abidjan pour soutenir le gouvernement ivoirien. Leur arrivée avait été rapportée par la presse internationale les 25 et 26 septembre 2002.
À l’époque, le gouvernement nigérian expliquait cette présence par sa volonté de contribuer à la réponse régionale face à la crise ivoirienne. La position de la France était toutefois différente. Paris refusait alors de qualifier les événements d’agression extérieure susceptible de justifier l’application de l’accord de défense franco-ivoirien, considérant la crise comme relevant d’abord d’un conflit interne.
La souveraineté militaire au cœur du témoignage
L’épisode évoqué par Simone Gbagbo dépasse, selon elle, le seul cadre de la crise ivoirienne de 2002. L’ancienne dirigeante y voit une illustration des enjeux liés à la souveraineté militaire et technologique des États africains.
Elle rappelle également que l’opération Licorne, lancée en septembre 2002, avait officiellement pour première mission la protection des ressortissants étrangers et le contrôle du cessez-le-feu. Le Conseil de sécurité de l’ONU a ensuite salué les efforts français visant à empêcher la poursuite des combats, avant d’autoriser le déploiement de la force française et de l’ECOMOG.
Pour Simone Gbagbo, la maîtrise des capacités militaires passe aussi par celle de la science et de la technologie.
« Mon rêve, c’est qu’en Côte d’Ivoire, en Afrique, nous soyons capables de fabriquer nous-mêmes nos avions de guerre », affirme-t-elle.

