Sénégal : vives tensions au Parlement, un député de l’opposition évacué en plein débat sur la réforme constitutionnelle

L’Assemblée nationale du Sénégal a connu une séance particulièrement tendue ce lundi 29 juin 2026 lors de l’examen d’un projet…

L’Assemblée nationale du Sénégal a connu une séance particulièrement tendue ce lundi 29 juin 2026 lors de l’examen d’un projet de révision partielle de la Constitution. Les forces de l’ordre ont évacué de force de l’hémicycle le député de l’opposition Abdou Mbow, également vice-président de l’Assemblée nationale, après sa vive contestation du projet de révision constitutionnelle défendu par la majorité du PASTEF, le parti dirigé par Ousmane Sonko.

Face aux députés réunis pour examiner le projet, Abdou Mbow a accusé la majorité de vouloir modifier en profondeur l’équilibre des institutions sénégalaises.

« Vous n’êtes pas des démocrates, vous êtes des fascistes », a-t-il lancé à l’adresse des élus du PASTEF avant de dénoncer une réforme qui, selon lui, transférerait une part importante des pouvoirs du président de la République vers une majorité parlementaire dirigée par un « président illégitime », en référence à Ousmane Sonko.

À l’issue de son intervention, le député a refusé de quitter son pupitre. Après une première tentative de plusieurs élus de la majorité pour le faire sortir, les forces de l’ordre sont intervenues et l’ont évacué de l’hémicycle sous les protestations.

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Une réforme qui renforce les pouvoirs du Parlement

Le projet de révision constitutionnelle s’appuie sur les recommandations issues des Assises de la Justice de 2024 et du Dialogue national sur le système politique organisé en 2025. Le texte prévoit plusieurs évolutions institutionnelles. Il encadre davantage la notion de haute trahison du chef de l’État, limite à une seule fois par mandat le pouvoir présidentiel de dissoudre l’Assemblée nationale et impose au président de déclarer son patrimoine aussi bien à son entrée qu’à la fin de ses fonctions.

La réforme accorde également davantage de prérogatives au Parlement. Les commissions d’enquête pourront auditionner toute personne jugée utile à leurs travaux, dans le respect des immunités constitutionnelles. Le gouvernement devra par ailleurs informer les députés de toute convention d’investissement portant sur les ressources naturelles.

Le projet renforce aussi le rôle du Premier ministre. Le président de la République et le chef du gouvernement définiront désormais conjointement la politique de la Nation, alors que le chef de l’État en assumait jusqu’ici l’essentiel de la responsabilité. Le texte prévoit en outre la création d’une Cour constitutionnelle composée de neuf membres. En revanche, les dispositions relatives au mode d’élection du président de la République et à la limitation du nombre de mandats restent inchangées.

L’opposition réclame un référendum

Les partis d’opposition contestent cette réforme. La coalition Diomaye Président, composée de plusieurs anciens alliés du pouvoir, estime que ces modifications modifient profondément le régime politique sénégalais. Sa superviseure générale, Aminata Touré, plaide pour l’organisation d’un référendum afin que les citoyens puissent se prononcer directement sur cette révision constitutionnelle.

La majorité rejette cette demande. Le président du groupe parlementaire PASTEF, Mohamed Ayib Daffé, estime que les conclusions des concertations nationales doivent désormais être traduites dans les institutions. Selon lui, le pays doit passer du dialogue à l’action.

Ce débat intervient alors que les relations entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye alimentent les discussions sur la scène politique sénégalaise. Le président Bassirou Diomaye Faye a écarté Ousmane Sonko de la Primature le 22 mai dernier, avant que les députés ne l’élisent à la présidence de l’Assemblée nationale. Récemment, Ousmane Sonko a reconnu l’existence de divergences avec le chef de l’État sur plusieurs orientations politiques, notamment la gestion de la dette publique et certaines réformes sociétales.

LIRE AUSSI : Sénégal : « Nous sommes condamnés à travailler ensemble », déclare Ousmane Sonko sur France 24

S’il a toutefois écarté l’hypothèse d’une rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye, ces différences de vues interviennent au moment où le Parlement examine l’une des réformes institutionnelles les plus importantes du début du nouveau pouvoir.



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